Se abstinere ab incongressibilise percontatio



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S'abstenir de la question qui rend fou

ou

la Vérité est un mensonge





Résumé

Nous démontrons que la question dont l'objet est l'origine ou la fin de toutes choses, que ce soit celle de l'homme, celle de l'univers ou de la vie, la question à laquelle on a de tout temps donné comme réponse ce qui est convenu d'appeler la Vérité absolue, est une question piège, qu'elle est non seulement sans solution, mais n'a fondamentalement pas lieu d'être. C'est la question qui rend fou, une non-question, une question hors propos, une interrogation que l'on ne peut aborder, dont on doit s'abstenir et à laquelle toute réponse ne peut-être que fabulation.

Prologue

Combien de fois lors de soupers entre amis, la conversation débutant sur les sujets les plus banals, finit-elle par dépendre de jugements de valeur? Et toujours, tout un chacun donne son interprétation, se fie à ses expériences et réfère en dernier recours à ce qu'il croit de fondamental à l'existence humaine. Ainsi je me retrouve en face de personnes qui croient en un Être supérieur ou à des Forces universelles qui gouvernent leur existence et bien sûr celles des autres. Pour elles, tout se justifie ou se comprend en fonction d'interventions extérieures, inexplicables et inéluctables. La vie de ces personnes est soumise à des conventions qu'elles ne peuvent ni ne veulent essayer de mettre en question. La politesse et la gentillesse font en sorte qu'ordinairement le consensus se fait sur le droit d'opinion personnelle et chacun se retrouve ainsi conforté dans ce qu'il croit être de son bon droit.

Face à la difficulté, à la complexité d'exprimer mon point de vue, me sentant démuni pour exprimer ma conception du monde, finalement avec les autres, je lève mon verre à la belle harmonie et au plaisir de vivre ensemble des moments agréables. Mais demeurant insatisfait, frustré de ne pouvoir participer pleinement tel que j'aimerais, en suis-je venu à la nécessité de structurer dans un document tous mes arguments, mes pensées, ces évidences, ces preuves d'un moment d'illumination, toujours tellement claires, mais qui toutes habituellement, finissaient évanescentes dans l'oubli du temps.

Démontrer et convaincre n'est pas une tâche aisée lorsqu'il s'agit de concepts flous que l'on sait invérifiables et non fondés. Il est plutôt difficile de concevoir une structure d'arguments qui puissent ébranler celui ou celle pour qui de tels concepts sont fondamentaux et assumés véridiques. Ainsi comment démontrer qu'une question est irrecevable, qu'elle est impertinente, hors propos, qu'elle conduit toujours à un cul-de-sac et que finalement on doit s'abstenir de la poser ? Par nature, aucune question n'est en soi impertinente puisque toujours elle a pour objet de connaître un sujet, d'éclaircir le propos et finalement de déterminer la nature exacte de l'objet en question. Interroger, c'est l'expression de l'intelligence, de la liberté, du désir de comprendre, de la perspicacité, la recherche du confort et de la sécurité.

Comment pourrait-il y avoir une question si saugrenue, totalement déconnectée de la réalité, qu'on ne devrait l'imaginer? De quelle question peut-il s'agir, qui ne puisse être formulée et énoncée? C'est l'interrogation concernant l'origine de toutes choses et son corollaire qui en est la fin. C'est la question à laquelle on a de tout temps donné comme réponse ce qui est convenu d'appeler la Vérité. Cette question particulière n'a jamais pu trouver de réponse logique suivant l'entendement et la connaissance sans l'apport de postulats indiscutables, où toute argumentation est irrecevable, mettant fin à la discussion. Qui plus est, de tels postulats se sont toujours avérés non seulement déraisonnables, mais carrément hors du domaine de la connaissance, hostiles à la réalité de la nature et la plupart du temps néfastes pour l'homme et la société.

Depuis que l'homme se pose la question, il s'est appliqué par tous les moyens, par tous les raisonnements, par une pléthore d'exemples, par la déduction, par l'inférence, bref par toutes les astuces possibles et imaginables à trouver une réponse. Jamais il ne s'est interrogé à savoir si sa question était sensée ou justifiée. Nous entendons donc démontrer que la question dont l'objet est l'origine ou la fin de toutes choses, que ce soit celle de l'homme, celle de l'univers ou de la vie, est une question piège, qu'elle est non seulement sans solution, mais n'a fondamentalement pas lieu d'être. C'est la question qui rend fou. C'est une non-question, une question hors propos, une interrogation que l'on ne peut aborder et dont on doit s'abstenir. La recherche sincère d'une réponse, malgré tout, est vouée à jamais à l'échec et quiconque prétend à une solution ne peut être qu'un fabulateur. Voilà la tâche à laquelle nous nous attaquons ici.

Cet essai repose sur une grille d'analyse fondée sur les trois caractéristiques fondamentales de tout système que sont l'intégrité, la sécurité et la reproduction et ce dans un contexte évolutif Darwinien.

1. L'interrogation

Ce premier chapitre nous permettra de cerner l'origine de la question, de cette recherche si fondamentale qui préoccupe tant l'humain. Ce sera l'occasion de bien définir les termes apparaissant dans le cadre de cette exploration. Ainsi on découvrira ce qu'est la Vérité et ce sera l'occasion d'en mesurer l'extension.

1.1 Le malaise

Depuis que l'humain est conscient de lui-même, depuis qu'il se sait mortel, il n'a cessé d'interroger le cosmos et la nature. Il lui faut à tout prix trouver une réponse satisfaisante qui l'éclaire sur sa nature et son avenir. La précarité de son existence, les maladies qui ruinent sa santé, le bris de ses liens sociaux, la perte des êtres chers bref, la souffrance sous toutes ses formes n'a cure d'explications, de raison d'être. Tout semble s'acharner cruellement sur son existence. Riche ou pauvre, à quelque niveau social puisse-il se trouver, la vie lui apporte constamment son lot de contrariétés et d'agressions. Mais pourquoi donc doit-il toujours souffrir les aléas de la vie quotidienne? Ne pourrait-il pas jouir du moment présent sans toujours être tourmenté par la fin qui l'attend patiemment, irrémédiablement, par cette épée de Damoclès qui tranchera le fil de sa vie, quelles que soient ses actions, quelle que soit sa volonté, quelle que soit sa compréhension du monde et quoi qu'il entreprenne pour s'en échapper. Le bonheur ne réside-t-il pas dans la quiétude du moment, dans l'absence de tous ces maux, dans la paix, la sérénité, la joie, la douceur de vivre? Quels impondérables le placent-il dans l'inconfort et la tourmente de l'incompréhensible? Maîtriser l'inconnu devient une nécessité inexorable, un combat de tous les instants.

1.2 La réponse

Pour étancher cette soif, apaiser l'angoisse étouffante, l'homme a concocté moult explications lesquelles ont conséquemment façonné sa vie et ses comportements. Il s'est discipliné et s'est imposé des règles de vie répondant en sorte aux exigences de sa compréhension de la nature. C'est à partir de l'analyse du monde dans lequel il vit, des événements qui n'ont de cesse de l'assaillir et avec les outils dont il s'est doté au fil du temps qu'il s'est construit une Vérité. C'est cette Vérité que nous allons découvrir, bien évidemment en opposition avec toutes les autres provenant des éons et des millions de cerveaux y ayant consacré chacun leur vie. Car la Vérité en cette matière ne peut qu'être unique. Autrement, ce ne serait qu'une Vérité parmi d'autres, toutes aussi valables. La Vérité est ainsi absolue, car elle donne une réponse globale à toutes les interrogations sans référence à quoi que ce soit d'autre. Elle est aussi totale, c'est-à-dire complète, car elle couvre tous les aspects possibles de la vie humaine sans exception.

1.3 Les mots

Comment donc découvrir cette Vérité? Afin d'éviter toute confusion, tout imbroglio, il est essentiel de bien définir les mots, les termes du langage. Car ceux-ci n'ont pas toujours la même résonance selon les personnes, les sujets traités et l'histoire. Une définition claire et précise du sens et du contexte est essentielle afin qu'il n'y ait aucune ouverture à l'interprétation, afin de limiter au maximum la fuite ou l'égarement. Le nom définit le sujet, l'idée, l'objet en cause. Le verbe indique une action, une affinité, une relation entre deux objets différents normalement un sujet et un complément. L'adjectif qualifie, ajoute à la description, à la nature du sujet. Les dictionnaires en tout genre listent les mots du langage en en donnant la définition acceptée et l'usage contextuel. Ainsi, l'atteinte de la Vérité ne pourra être telle qu'à la condition expresse de l'usage approprié des mots, de la netteté des concepts, du respect de la grammaire et de la syntaxe, par une formulation claire, nette et précise des idées et des concepts.

1.4 L'affirmation

Ordinairement, la Vérité est une description plutôt longue. Elle apparaît sous forme d'une histoire, d'une allégorie, d'une cosmogonie laquelle se prolonge en leçons de moralité. Il est donc essentiel de résumer la démarche et de synthétiser l'esprit sous-jacent par une définition appropriée. Nous définissons alors la Vérité comme suit:
«La Vérité est une affirmation qui explique la place de l'humain dans l'univers, qui justifie son sort et l'adversité qu'il subit et qui lui offre un moyen d'aller au-delà de sa fin dernière.»
Cette définition comporte quatre éléments. Le premier caractérise la Vérité comme étant une affirmation, c'est-à-dire un énoncé concis, un postulat, une idée fondamentale, sur lesquels tout l'édifice repose, et qui sont toujours la création du monde et de l'homme. Les trois autres éléments concernent l'homme lui-même où en premier, il constate sa nature humaine, sa finitude et le sort qui lui est réservé, ensuite se voit en protagoniste du monde qui l'entoure, capable d'agir sur celui-ci, et finalement découvre une voie d'échappement à ce qu'il considère être néfaste pour son existence.

La caractéristique fondamentale de cette affirmation est d'extraire, d'expulser l'humain de son milieu naturel pour le situer dans une autre dimension, dans un autre monde, imaginé, censé résoudre ses difficultés, capable de répondre à toutes ses interrogations. Ce monde, c'est celui des forces toutes puissantes, manipulées et contrôlées par les dieux, réalisant une histoire fantastique à laquelle il participe. Dans ce monde, son bonheur repose sur le respect des protocoles convenus avec ces déités et l'obéissance aux règles établies, lesquels furent conçus en fonction de ses besoins. Son existence dans le monde naturel, truffée d'embûches, n'est alors qu'un passage obligé vers un paradis qu'il ne pourra atteindre qu'après sa mort, quelle soit naturelle, accidentelle, criminelle, suicidaire ou rituelle.

Ces concepts proviennent de réflexions philosophiques, théologiques et sociologiques qui transposent dans ce monde parallèle, les attribuant au monde des déités, les besoins et relations socioculturelles du monde qu'il habite. C'est là un pur anthropomorphisme. La connexion entre ces deux mondes est pour le moins abracadabrante. L'objet commun, l'humain, habite le monde physique réel, lequel contrôle sa personne biologique, alors que son sort dépend d'un monde parallèle lequel intervient dans son comportement social. Les aléas de ce comportement sont en relation directe avec les aléas du monde biologique auquel il appartient temporairement. Sa fin dernière, malgré la décomposition et l'éparpillement de ce substrat physique et biologique, se prolongera dans ce monde parallèle, si et seulement si, il croit en la véritable existence de ce monde parallèle, pourvu bien sûr, qu'il n'en ait pas enfreint les règles de conduite.

Le simple fait de croire en une certaine proposition pour laquelle il n'a aucune certitude de vraisemblance, ce seul acte d'adhésion lui garantit automatiquement un billet d'entrée dans ces lieux imaginés. Il croit encore que sa propre nature est binaire, c'est à dire formée non seulement de l'être biologique, mais aussi d'une portion issue de ce monde parallèle. Cette portion, il l'attribue à ce qu'il ressent comme le soi intime, ce qui détermine son essence, ce qu'enfin il nomme son âme. Ainsi, cette portion du monde parallèle qui s'incruste pour un certain temps en lui, qui est en fait lui et non ce corps, qui produit et dirige ses sentiments, ses émotions et ses actions, retournera ultérieurement dans ce monde parallèle. Ceci à la condition que les règles régissant ses comportements aient été respectées, sauvegardant ainsi la pureté de cette portion de monde parallèle définissant ce qu'il appelle la spiritualité. Toute souffrance ressentie par l'humain est conçue comme une transgression des règles ce qui a pour conséquence d'affecter négativement cette autre partie de lui-même. Comment cela fonctionne-t-il ? Quelle en est l'ingénierie ? Nul ne le sait sinon les Gourous qui selon l'événement ou la situation concoctent pour l'occasion des explications saugrenues les plus en accord avec le monde imaginé.

Ainsi, l'humain est avant tout cette portion extraordinaire laquelle constitue son identité, sa personnalité. Il est une portion issue de ce monde parallèle insérée dans une enveloppe charnelle, habitant le monde matériel pour un certain temps pour finalement retourner dans ce monde parallèle à la fin de sa vie biologique. Il est semblable au scaphandrier, dans son enveloppe protectrice, explorant le fond de la mer, et qui à la fin de sa journée de travail, remontera à la surface, à l'air libre. Il est encore comme le papillon en devenir dans la chenille laquelle doit trimer fort et dur pour survivre jusqu'à la construction de son cocon où dans une mort relative il s'en extirpera pour prendre son envol vers la liberté. Il dédaigne ainsi son identité physique, ce corps putrescible qui ne vaut aucune considération ni la peine d'entretenir décemment, qu'il rejette comme un boulet le faisant souffrir inutilement, qu'il condamne à la géhenne. Il justifiera cet état de choses par une cosmogonie, par une histoire toute humaine de trahison et d'infidélité envers les puissances de ce monde parallèle où, il est toujours possible de se réhabiliter des fautes commises moyennant diverses ascèses. C'est ainsi qu'il se mutilera, se soumettra à des traitements farfelus, à des privations et autres souffrances. L'absurde de la chose est que pour s'échapper de la souffrance, il s'en impose de supplémentaires.

Telle est la Vérité absolue qui explique l'origine du monde, la nature de l'humain, son mal à vivre aussi bien que son bonheur, sa fin dernière et les conditions qui vont l'émanciper du monde physique.

1.5 Le vrai

La Vérité est un mot qui unit à la fois une définition et sa validité, un mot qui consacre comme vrai ce qu'il recouvre. Il nous faut donc une définition du vrai et pour débuter, référons-nous à ce que le dictionnaire indique à propos du vrai. Par exemple le logiciel de correction Antidote 9 énonce:
Le vrai est ce qui est conforme à la vérité.
Se dit d’une chose concrète qui est réellement ce qu’on dit qu’elle est.
Qui n’est pas imité.
Qui possède toutes les propriétés conformes à sa nature.
Qui est bien nommé.
Qui est parfait en son genre.
Nous complétons en ajoutant
«Une affirmation est vraie pourvu que ce qu'elle décrit soit vérifiable ou constatable par des moyens ou des outils d'observation, de comparaison ou d'inférence de ce qui est affirmé.»
En l'absence de telle capacité, il est impossible de tenir une affirmation pour véridique. Et la tenir pour vraie sans pouvoir la valider, c'est usurper le sens de la véracité, c'est alors ce qu'on appelle la croyance:
«La croyance se définit en opposition à la véracité en ce qu'elle est tenue pour véridique dans l'impossibilité de toute validation.»


1.6 La croyance

Tel que nous l'avons vu, la Vérité dissocie le monde en deux composantes. La première est réelle et matérielle, dont l'évidence ne peut être mise en doute. La nier c'est affirmer sa propre inexistence ce qui est absurde puisque le néant ne peut rien affirmer. L'autre composante de la Vérité est une pure création de l'esprit, totalement imaginaire, imaginée, inventée. Une affirmation forgée de toutes pièces, fictive, irréelle, fabriquée, chimérique, mythique, mythologique, fantaisiste, fabuleuse, fantasmagorique, fantastique, légendaire. La Vérité n'est qu'une croyance et en possède tous les atouts. Affirmer que la Vérité est véridique, c'est usurper la logique rationnelle, c'est créer une césure dans le processus naturel de la connaissance, c'est une insulte à l'intelligence. Car la connaissance est issue et construite à partir du monde réel par la machinerie neuronale de l'humain. Elle s'exprime, se communique et se perçoit par l'entremise de ses structures anatomiques dont les cinq sens en sont les vecteurs. Toutes les idées peuplant le théâtre d'un imaginaire monde parallèle ne peuvent être que des concepts issus du monde réel, lesquels ont été dévoyés pour bâtir un système de convenance et de ce fait, sortent du champ de la logique rationnelle. Ils proviennent des supputations d'ordre philosophiques et théologiques des époques antérieures à l'avènement de la connaissance scientifique du monde. Et c'est pourquoi les créateurs de croyances ont la logique rationnelle et la connaissance scientifique en abomination. Ni la croyance, ni la puissance des mots, ni la pensée magique ne permettent d'échapper au monde réel dans lequel vit l'humain. La croyance se fonde sur la peur, celle de l'inconnu et de l'incapacité à maîtriser l'environnement afin d'assurer sa propre sécurité. C'est cette peur viscérale qu'exploitent les vendeurs d'arrières mondes, les guru des systèmes absolus, les hypnotiseurs d'ignares, peur qu'ils transposent en feu de l'enfer ou autre malédiction appropriée au contexte, des imposteurs sans scrupules.

1.7 Les impostures

En parallèle avec la croyance, il y a ce qu'on peut appeler les impostures intellectuelles soutenues par de supposées sommités en sciences sociales et qu'ont dénoncé Alan Sokal et Jean Bricmont. Ce sont des faiseurs d'idéologies creuses et trompeuses qui s'appuient de manière erronée et fallacieuse sur des résultats de recherche scientifique. Ils ont tous été piégés et se sont embourbés et discrédités. Ces dérives idéologiques se nomment «Postmodernisme» et «Relativisme culturel». Les tenants de ces idéologies usent et abusent d'un jargon imposant et d'une érudition apparente où ils sont passés maîtres du discours abscons, hermétique et ténébreux. Ils glissent dans des dérives irrationnelles où tout et son contraire sont possibles. Ce sont des abuseurs d'idées dont les émules fomentent des mouvements contestataires toujours en opposition avec l'ordre social. Le sens des mots et la vérité est, pour ces gens, le moindre de leur souci. Travestir les mots et les placer dans un contexte hors de propos est leur spécialité. Leur activisme a donné naissance à la philosophie sociale de la «Rectitude politique».

Non moins importante, la rectitude politique mise de l'avant par de réelles sommités des milieux intellectuels compte des courants destructeurs des frontières étiques. Principalement, on compte les Études de genre (Gender studies), les Études animales (Animal studies) et la bioéthique. Elles ont en commun de transposer des différences naturelles et fondamentales du domaine naturel dans le domaine social et suivant des arguments rationnels, mais débridés en viennent étonnamment à détruire les différences et frontières éthiques. Jean-François Braunstein analyse et déconstruit les conclusions aberrantes sinon abjectes de ces élucubrations du bien-pensant.

1.8 Les sociétés

Chaque culture produit sa propre Vérité et en cette matière, il n'y a pas de relativisme où toutes les «Vérités» seraient socialement équivalentes et moralement acceptables. Selon leurs dictats, certaines «Vérités» pourront cohabiter ou se tolérer alors que d'autres seront incompatibles et violemment intolérantes. Les sociétés démocratiques pourront accueillir les premières alors que les autres ne pourront exister qu'exclusivement dans des sociétés totalitaires. Ainsi toute société possède sa Vérité qui reflète une vision particulière du monde l'assurant ainsi de modes de résolution des conflits garantissant sa pérennité. Telles sociétés s'appuient sur des principes fondateurs expliquant l'origine, les lois et les raisons d'être. Ils assurent l'équilibre social d'une pluralité d'individus ayant mis en commun leurs façons de vivre et de résoudre leurs divergences. Dans un monde binaire, un pôle mythique et un pôle réaliste donnent naissance à l'autorité spirituelle et à l'autorité civile lesquelles se complémentent et se justifient réciproquement. L'équilibre social se maintient par les contrôles imposés par l'une et l'autre de la variété des opinions individuelles préservant ainsi la Vérité. Lorsque des sociétés différentes entrent en contact, et selon leur ouverture et leur niveau de tolérance à la diversité ou à l'adversité, au nom de leur Vérité, elles vont maintenir cet équilibre et leur survie, soit en évinçant, soit en absorbant leurs concurrents. La Vérité qui s'imposera sera celle qui aura favorisé ou ne se sera pas opposée à la meilleure stratégie dans les circonstances, car, il n'y a qu'une seule et unique Vérité.

1.9 En résumé

Afin de satisfaire son besoin insatiable de sécurité, l'homme invente son histoire. Il la compose à partir de son expérience quotidienne et de ses besoins sociologiques. En cela il crée des mots, des concepts, des règles, des obligations, des dieux, le ciel et une morale qu'il déclare tous vrais et nécessaires à son existence. C'est ce qu'il décrète comme la Vérité, seule et unique, qu'il voudra imposer à tous.

2. L'être

Dans ce chapitre, nous explorons les structures et mécanismes qui président à la formation des principales composantes de la personnalité humaine ce qui nous amènera à une définition de l'humain.

2.1 La personnalité

L'être humain naît au monde avec une machinerie neuronale qui lui permet d'appréhender le monde extérieur et c'est au moyen de ses cinq sens qu'il perçoit son environnement. Durant les premières années de sa vie, par ses multiples interactions avec le monde extérieur, l'humain modélise et façonne son système nerveux. Le cerveau produit de nouveaux neurones, les relie entre eux selon leur excitabilité, stabilise des liens fonctionnels et crée de nouvelles architectures représentatives des interactions réalisées avec le monde externe ainsi que des états internes de sa propre machinerie biologique. Ainsi il construit les références spatio-temporelles nécessaires à la distinction entre le monde externe et lui-même. Il naît avec une machinerie neuronale adaptative qui lui permet de s'intégrer harmonieusement aux différents environnements physiques, sociaux et culturels d'où il émerge. L'acquisition et le traitement des informations varient selon la richesse des expériences personnelles et la qualité du milieu social et culturel dans lequel il se trouve. La connaissance du monde de tel individu est nécessairement imprégnée des valeurs en vogue et modélisée par les genres sociaux prévalents. C'est ce qui fait que tous les individus sont uniques, car ils sont le résultat d'une infinité d'interactions différentes avec leur environnement créant ainsi l'expérience personnelle. C'est ce qui permet à chacun d'interpréter de façon unique et créatrice tous les événements de la vie rencontrés au fil du temps. Et tout un chacun peut faire des choix et prendre des décisions qui permettent d'assurer les besoins fondamentaux de l'être, soit sa sécurité et son intégrité. Tous ces choix et décisions sont évidemment des évaluations tributaires du passé soit des conditions antérieures ayant déterminé les références personnelles de chacun. De l'ensemble de ces processus émerge le soi, l'individu avec sa personnalité.

2.2 Le soi

Ces processus fort complexes, globalement les mêmes pour tous font en sorte que tous sans exception distinguent de la même manière une séparation claire et nette entre eux-mêmes et le reste du monde. Tous constatent un monde intérieur, celui de l'être et un monde extérieur dans lequel cet être évolue et avec lequel il doit constamment interagir. La frontière entre les deux mondes est la surface épidermique, cette enveloppe charnelle à l'intérieur de laquelle bouillonnent quantité de processus nécessaires au maintien de l'intégrité de l'être. Dans cette enveloppe réside le cerveau, cette machinerie neuronale qui traite une myriade d'informations provenant à la fois de toutes les parties internes de ce corps ainsi que du monde extérieur via les cinq sens. Ce qui s'y construit sans cesse, cette production virtuelle, ressemble à une scène de théâtre où l'acteur principal est le soi, en interaction avec d'autres acteurs du monde externe, tous parmi des décors représentant l'environnement global. Dans cette animation interne, le soi joue divers scénarios, prend diverses décisions, analyse des problèmes et se commet. C'est à ce moment que l'individu agit réellement et physiquement sur son environnement et communique avec les véritables acteurs externes lesquels en font tout autant que lui. Et en retour, toutes ces interactions produites dans le monde physique sont simultanément appréhendées et représentées à nouveau sur la scène intérieure qui ainsi, change constamment. De façon rétroactive, le soi mémorise ces divers états changeants, transforme et modifie la scène virtuelle, poursuit ses analyses afin de prendre de nouvelles décisions et ainsi gérer sa vie réelle dans le monde externe.

Le soi est l'acteur virtuel, le décideur, celui qui dirige le théâtre interne. Mais où est-il, ce soi et en quoi consiste-t-il? Nous verrons qu'il n'existe pas comme une entité définie, ni comme région identifiable du cerveau, ni comme un processus particulier mais que c'est l'ensemble des activités agissant de façon anonyme qui réalisent le soi. Il n'y a pas de structure particulière, mais plusieurs agissants. Le soi est une vision conceptuelle d'un ensemble d'activités stables dans le temps et l'espace virtuel du monde intérieur. Le soi est à l'image d'une forêt, c'est l'ensemble des arbres qui la constituent, il n'est ni un arbre ni un bocage qu'on pourrait y trouver.

2.3 L'intégrité

Lorsque l'intégrité de la structure neuronale qui réalise ce jeu théâtral interne est altérée tant soit peu, il en résulte des troubles comportementaux. Que ce soit dû à des altérations naturelles des structures, à des accidents fortuits, à des expériences sensorielles traumatisantes, à l'ingestion de drogues ou de médicaments, à des contraintes physiques causant des états altérés de l'esprit, bref à tout événement affectant ou modifiant de façon inopinée les structures, les fonctions normales, la personnalité, l'état mental, toujours le soi s'en trouve altéré. Tout traumatisme qui dépasse les limites de tolérance de l'organisme laisse des traces permanentes par l'altération des fonctions normales et habituelles. La mort d'un être cher, la séparation d'un couple, la perte d'un enfant en sont des exemples. La conscience de toutes ces affections, même traumatisantes et pleines de désespoir, demeure toujours présente. Pensons au choc post-traumatique que vivent les militaires de retour du combat. Mais lorsque la conscience disparaît de façon irrémédiable, l'être passe au stade végétatif, devient un légume. Le coma qui survient suite à la destruction de certaines zones bien précises du cerveau produit cet état irréversible. Les fonctions vitales peuvent bien continuer à fonctionner, même partiellement à l'aide de support externe, mais, à ce niveau, l'humain est disparu. L'intégrité globale du système et tout particulièrement celle du cerveau est fondamentale à l'expression de l'humanité.

2.4 L'humain

Qu'est-ce qui distingue l'humain dans ce monde, quelle est sa caractéristique essentielle? Sans remonter aux premières molécules de la vie, on peut dire qu'il possède au moins les atouts du monde vivant, c'est-à-dire la capacité de se reproduire, de protéger son intégrité et d'assurer sa survie. Selon la taxinomie, c'est un mammifère et il possède à ce titre les structures anatomiques qui les caractérisent. C'est un primate et il a de nombreux cousins qui lui ressemblent lesquels partagent plus de 90 pour cent de son patrimoine génomique. C'est un bipède, au cerveau évolué, communiquant par un langage verbal et vivant dans des organisations sociales complexes. Ses sentiments et ses émotions vis-à-vis des aléas de la vie ne sont pas des événements absents chez les autres mammifères. Sa capacité de créer des outils et de les intégrer aux nécessités de la vie sociale autant de façon créative que destructrice ne le distingue pas de manière exclusive. Par contre sa capacité d'empathie, son habilité à reproduire, simuler et vivre intérieurement le vécu de ses semblables et les émotions qui les accompagnent lui semblent propres. La conscience de lui-même et de la finalité de son existence sont probablement une caractéristique distinctive, soit celle qui le classifie comme différent de tous les autres êtres vivants. Nous pouvons alors dire que :
«L'humain est l'être social, dont l'instinct naturel de survie se cristallise dans une société de la connaissance et pour lequel la préoccupation fondamentale est sa fin.»
Cette façon de se voir l'amène nécessairement à se distancer pompeusement du monde animal.

2.5 L'animal

En quoi l'animal se distingue-t-il de l'humain, du moins si on considère les mammifères dotés d'un cerveau de grosseur appréciable relativement à leur corpulence. Il semble que l'animal diffère de l'humain par son incapacité sinon son inefficacité à interagir avec son environnement de façon proactive. Pour le reste, les mammifères possèdent les mêmes attributions que l'humain sauf qu'elles ne sont pas toutes au même niveau de performance. Les animaux ont des sentiments, des émotions, ont conscience des événements, ont de la mémoire, sont sensibles, interagissent avec leur environnement, bref des caractéristiques communes à tous les mammifères évolués, mais à divers degrés de développement. Il n'y a pas si longtemps, l'homme considérait ceux qui ne faisaient pas partie du groupe comme des êtres inférieurs et il se donnait le droit de les exploiter comme esclaves, une situation qui n'est disparue que tout récemment. Pour la plupart des hommes, l'animal est un objet de commerce, une utilité à son service, ne valant aucun respect. Il est traité comme un objet inanimé sans autre considération et pour son unique bénéfice personnel. Quiconque s'intéresse tant soit peu à la vie découvre le peu de différence qu'il y a entre le monde animal et l'homme. Carl Safina a observé les mammifères dans leur milieu naturel et à travers leurs comportements montre clairement qu'ils ont des émotions, pensent et ressentent de façon saisissante. Celui ou celle qui est conscient de lui-même, de ses sentiments et de ses émotions ne peut qu'y trouver d'évidentes ressemblances. L'exploitation sans vergogne des animaux lui devient attristante comme indigne d'un humain conscient de lui-même et se prend de compassion face à cette situation. L'humain a développé le langage et la culture ce qui lui a permis de se propulser bien en avant comme parangon du royaume animal. Bien au contraire des édits de nature religieuse, cela ne lui donne en aucune façon le droit de s'arroger le droit de vie ou de mort sur les habitants de la planète. En fait il en est totalement dépendant comme membre faisant partie d'un écosystème planétaire.

L'humain se distingue donc de l'animal grâce à un cerveau hautement évolué, à cet instinct de survie particulier et à cette préoccupation indéfectible de sa finitude. Ses connaissances et ses expériences l'amènent à renier le monde animal, à s'en distancer, à créer des univers parallèles et à rêver d'éternité.

2.6 En résumé

Tout humain naît avec une structure neuronale plastique lui permettant d'appréhender le monde et de se construire une personnalité propre. Le soi est un concept virtuel fondé sur la stabilité temporelle de la régulation des fonctions internes dont l'intégrité est fondamentale à l'existence. Bien que l'humain partage les mêmes processus physiologiques et émotionnels que les membres du monde animal, sa conscience de lui-même et de sa finalité en font un être différent l'amenant à s'aliéner de ce monde contribuant ainsi à valider sa Vérité.

3. Histoires d'éternité

L'humain se préoccupe de son sort depuis "la nuit des temps" c'est-à-dire fort longtemps. Probablement depuis qu'il a appris à communiquer ses sentiments à ses semblables et à en discuter, à identifier les causes et les effets entre les choses, il s'est mis à former des histoires à leur propos. Des histoires réconfortantes utiles à la transmission du savoir et à sa survie dans un milieu hostile. Mais aussi utiles au maintien et à la cohésion sociale, à la stabilité des États tout en permettant à leurs principaux dirigeants, jouissances au détriment du peuple.

3.1 Les débuts

Dans «Dieu ne joue pas aux dés» (pp. 24-25) Henri Laborit brosse un aperçu d'un probable développement de cet intérêt.
L'homme primitif chercha un certain ordre à travers le désordre apparent du monde. Un principe de causalité simpliste lui permit d'ordonner dans le temps les choses et les êtres, de fournir un sens à ses actions. Les animaux furent d'ailleurs contraints d'en faire autant. Mais grâce à sa fonction imaginaire, l'homme fournit en plus une raison d'être aux événements pour lesquels il ne découvrait aucun facteur de causalité évident. Il attribua aux choses et aux êtres une conscience et un comportement analogues à ceux qu'il sentait confusément vivre en lui. Une source spirituelle et cachée s'infiltra dans la compréhension du monde, qui lui était nécessaire pour agir avec efficacité et protéger sa vie. Ce monde devint pour lui un vaste espace où tout était vivant, conscient, hostile ou au contraire bienveillant et même favorable, si l'on savait en comprendre le langage, et dialoguer avec lui. Il baignait dans un monde poétique - si l'on croit que la poésie a été falsifiée par la connaissance -, dans un monde auquel il se sentait appartenir, au milieu duquel il se sentait inclus au même titre que les sources, les mers, les rochers et les autres êtres vivants. Il conversait avec eux, croyait en comprendre le langage, mais ne pouvait imaginer qu'ils eussent un pouvoir, bien que différent, supérieur au sien. Il lui fallait trouver, parallèlement à ce monde, un autre monde, source et origine de ces objets et de ces créations plus ou moins semblables à lui, dont il faisait souvent sa nourriture, bien qu'en les respectant, car il avait à les combattre, et ce fut le monde des dieux. Un monde invisible et présent, avec lequel il était préférable d'être d'accord parce que plus puissant que celui des hommes. Pour agir, il avait besoin de lois efficaces. Déçu bien souvent par l'absence de causalité apparente des événements, il imagina donc une autre causalité, il imagina ses lois et tenta de s'y conformer, individuellement et en groupe. Pour protéger sa propre existence, son bien-être, sa survie individuelle et celle du groupe, il dut obéir aux règles de cette causalité nouvelle, celle des dieux, qui devint avec les grandes religions monothéistes, beaucoup plus tard, celle de Dieu. L'angoisse, celle qui résulte de l'impossibilité d'agir efficacement en l'absence de règles, fut alors occultée, par l'application de celles qu'il avait lui-même inventées, celles des dieux.
Poursuivons avec l'homme moderne qui, suivant ce schéma, complexifie et multiplie à profusion les systèmes.

3.2 Universalité

Bien avant l'électrification des villes, bien avant l'éclairage au gaz, l'humain regardait le ciel nocturne. Il en a déduit un lien entre les cycles annuels des constellations et celui des saisons; il a appris a naviguer en suivant les étoiles. Dans la noirceur les prédateurs le terrorisaient alors que le jour ils guettaient leur repas. Il a découvert le pouvoir de guérison des plantes. Il ne nous a guère légué de testament sur sa culture. Tout au plus retrouve-t-on des temples, des structures de pierres, des tumulus, des tombes ornées de gravures et de peintures, des statuettes, des vases et des tablettes qui, tous nous renseignent sur son univers et sa préoccupation d'une survie post mortem. Autant de groupes ayant des histoires différentes, autant de croyances des plus variées. Ainsi on dénombre une pléthore de croyances des plus primaires aux plus complexes. Dans le chamanisme, l'intervenant voit, entend, sent et communique avec le monde invisible, là où résident les forces et les esprits de l'univers. Il est ainsi un guérisseur, un conseiller et s'allie à d'autres esprits. Dans le totémisme, un animal aux pouvoirs symbolique est gardien du clan, protecteur ou caractéristique sociale d'un individu, où il en détermine la sécurité et la prospérité. Après la mort, l'égyptien, part pour un voyage vers l'au-delà et subir le jugement de l'âme. Le corps des personnages les plus importants est momifié, mis en sarcophage et protégé par un édifice monumental. Chez les grecs, la piété consiste à savoir prier et sacrifier en disant et en faisant ce qui est agréable aux dieux: elle assure le salut des familles et des États. Les Mystères d’Éleusis dissipent la peur de la mort et garantissent une vie heureuse dans l’au-delà. En Inde, tous les dieux descendent de Brahman, principe divin, éternel et incréé, créateur de l'univers. Il est accompagné de Shiva, principe destructeur et de renaissance, de Vishnou qui préserve l'équilibre entre ces deux principes et de Ganesh qui permet de surmonter les obstacles de la vie quotidienne. L'hindouisme professe que l'être humain est soumis au cycle perpétuel des morts et renaissances selon ses bonnes et mauvaises actions. Il parvient à s'en libérer et atteint le nirvana par la dévotion absolue à une divinité et l'observance des devoirs dictés par le dharma. Les trois monothéismes, les religions dites "du livre", le Judaïsme avec la Torah, le Christianisme avec la Bible et le Nouveau Testament, l'Islam avec le Coran, tous façonnent plus ou moins fortement les cultures actuelles. Toutes ces croyances ont un mythe fondateur, des rites associés, des règles comportementales et une garantie conditionnelle pour une vie extraordinaire, postérieure à la mort. Autour de ces théismes gravitent des sectes dérivées, partageant ou rejetant certains éléments de ces croyances. Le panthéisme, une doctrine philosophique selon laquelle tout ce qui existe est en Dieu, un dieu immanent, ni extérieur, ni supérieur au monde, ni créateur, ni personnel, identifié avec la nature. Le New Age, puise abondamment dans tous les mouvements, sectes, religions, croyances et connaissances scientifiques mal comprises, pour produire moult amalgames concoctés par des gourous auto proclamés. Il est bien évident que depuis la nuit des temps, l'humain est friand de mysticisme et s'étourdit de spiritualités en tout genre.

3.3 Le mysticisme

Dans «La fable de christ» (Chapitre 6, Le culte des mystères, pp 59-69) Luigi Cascioli décrit l'origine, le fondement de la croyance mystique et son évolution.
Au début, les cultes liés à des rituels magiques et sacrés faits pour solliciter les forces de la Nature à se réveiller après la stase de l'hiver, ils s'adressèrent dans un second temps à la condition de l'âme humaine après la mort. Comme une graine qui revient à la vie par le moyen du bourgeon après avoir passé sous la terre la période hivernale, ainsi l'homme pensa que lui aussi aurait pu renaître pour une seconde vie. Ce fut dans ce transfèrement de soi-même dans la graine qui revit dans le propre bourgeon que l'homme conçut la résurrection de la mort.

On devenait un adepte de ces sectes par le moyen d'un rite que les Grecs appelèrent baptême, du terme «baptizzo», c'est-à-dire j'immerge. Toutes les religions du Moyen-Orient, soutenues par les divers impérialismes, se retrouvèrent à pratiquer le baptême.

Puisque l'immortalité était une qualité réservée seulement aux dieux, il fallait trouver le moyen de la transférer d'eux à l'homme. Ce fut ainsi qu'ils auraient incorporé l'immortalité de leur dieu en buvant le sang des animaux qui étaient immolés en son honneur. Après les avoir égorgés, les adeptes en buvaient le sang et mangeaient leur foie pour assimiler à travers eux les essences divines qu'ils contenaient, première entre toutes les autres, l'immortalité qui aurait permis de vivre une deuxième vie éternelle après la résurrection de la mort (théophagie primitive). Avec les cérémonials qui devenaient de plus en plus raffinés et élaborés, le sang fut remplacé par le vin et apparut le pain comme substance transformable en le corps du dieu. On consommait ces repas communautaires qui étaient appelés «Banquets eucharistiques».

Mais cette pratique de l'Eucharistie commença à sembler de plus en plus douteuse à cause de l'évolution théologique: «Comment peut une divinité transmettre à l'homme la vertu de la résurrection si elle-même ne la possède pas, puisque étant éternelle elle n'est jamais morte?». Ce fut en faisant descendre les dieux sur la Terre afin qu'ils puissent, en devenant hommes, mourir et ensuite ressusciter pour acquérir la vertu de la résurrection et pouvoir la transmettre aux hommes; ils furent appelés «Soteres», c'est-à-dire sauveurs. Ces dieux étaient présentés en qualité de prédicateurs qui, après avoir été contrastés et combattus par leurs ennemis, les représentants du mal, étaient immanquablement capturés et tués par ceux-ci. Toujours en se basant sur le principe primitif qui associait la résurrection à la renaissance de la nature, les divinités mourraient et ressuscitaient toutes lors du printemps. À ces dieux sauveurs, Soteres, fut donné le titre de Kyrios, Seigneur, à la suite de leur victoire sur la mort.

Les motifs pour lesquels le Mazdéisme s'imposa sur les autres religions, au point d'être déclaré par Rome déjà au second siècle avant notre ère, religion d'État, dérivèrent du fait qu'en plus de favoriser l'amalgame des peuples en rendant universelle la lutte entre le bien et le mal, la lutte que les autres religions réservaient seulement à leurs adeptes dans le secret des Cultes des Mystères. Le Mazdéisme visait à convaincre les masses à supporter le poids de la dictature impérialiste en promettant aux classes sociales insatisfaites une récompense après la mort si seulement elles avaient supporté avec humilité et résignation les injustices sociales.

En Grèce, tous les mathématiciens philosophes s'opposaient à toutes ces théories théologiques dont les idées absurdes, refusées par la raison, ne pouvaient être qu'une escroquerie aux dommages du progrès et de l'évolution sociale. Ces penseurs qui, niant tout principe divin, furent poursuivis par les impérialismes politiques et religieux qui basaient leur pouvoir sur l'aliénation intellectuelle des peuples. Comme conséquence de l'incompatibilité qu'il y a entre la raison et la foi, toutes les religions s'opposèrent, et elles s'opposent encore d'ailleurs, à la recherche scientifique considérée par celles-ci comme leur pire ennemie.



Photo d'une mosaïque du IVe siècle (320-350) illustrant le culte des mystères. Elle couvre un mur de la Piazza Armerina, dans la villa romaine du Casale, Sicile, ayant appartenu à un représentant de l’aristocratie sénatoriale romaine, très probablement un préfet de Rome. On y boit le sang et mange le foie de l'agneau pour obtenir la vie éternelle. Très apparent au milieu du front, le troisième oeil de la sagesse.

Suite à ces errances mystiques, il demeure l'exploitation qu'en font les pouvoirs civils de connivence avec les pouvoirs religieux. Chacun sur son perchoir reconnaît et chante l'autre et on se congratule mutuellement. Là, se trouvent en chacun d'eux la source et la justification du pouvoir de l'autre. Une tautologie bien évidente.

3.4 Les États

Étant donné qu'il n'y a aucune différence fondamentale entre secte et religion, on peut comprendre qu'une religion donnée, prétentieusement, affirme que les autres systèmes de croyances sont des sectes, car ne possédant pas la juste Vérité, elles ne peuvent porter le titre de religion. Il est plus plausible de penser qu'une secte est une religion lorsqu'elle est intégrée, même de façon informelle, à la structure de l'État et de la société. Lorsqu'elle fait partie du système judiciaire et dicte tous les aspects de la vie des individus, l'État est dit théocratique comme un État musulman. Une intégration plus lâche, mais appuyée par le pouvoir civil constitue un État de type catholique, juif ou hindou. Une totale séparation et indépendance entre le pouvoir civil et l'organisation religieuse, constitue un État laïque. Certains États se disent laïques, mais il n'en est actuellement aucun qui puisse se mériter telle appellation, le plus proche de cette définition étant peut-être l'État français. La loi de 1905 instituait la laïcité en remplacement du concordat de 1801.

Le concordat ou traité signé entre le Vatican et un État définit certaines obligations mutuelles entre les signataires telles que la liberté religieuse, le prélèvement d'impôts et autres agréments. Les accords du Latran sont un traité entre le Saint-Siège et l'Italie réduisant la souveraineté temporelle du pape au seul État de la Cité du Vatican confirmant que la religion catholique, apostolique et romaine demeure la seule religion de l'État italien, conformément au statut du royaume de 1848. L'Organisation des Nations Unies (ONU) reconnaît le Saint-Siège depuis 1964 lequel dispose d'un siège d'observateur.

Pour s'éclairer, il suffit de voir ce que font les chefs d'État lors des grands événements d'importance, de lire le texte des constitutions, de noter les allégeances, les traités et les relations avec l'État papal ou les autres Chefs spirituels.

3.5 Origine

Le premier avant-gardiste à déboulonner la perfidie des religions n'est nul autre qu'un prêtre catholique de France, Jean Meslier (1664-1729), homme discret et isolé, premier écrivain athée. Ne pouvant publier de son vivant pour cause, il laisse, posthumes, trois copies de son "Mémoire contre la religion" dont l'avant-propos débute ainsi:
Mémoire des pensées et des sentiments de J[ean] M[eslier] Prê[tre]cu[ré] d'Estrep[igny] et de Bal[aives] Sur une partie des Erreurs et des Abus de la Conduite et du Gouvernement des Hommes, où l'on voit des démonstrations claires et évidentes de la vanité et de la fausseté de toutes les Divinités et de toutes les Religions du Monde pour être adressé à ses Paroissiens après sa mort et pour leur servir de Témoignage de Vérité à eux, et à tous leurs semblables.
In testimoniis illis, & gentibus.
Plus loin, à la section III de l'avant-propos, il dit:
Sachez donc, mes chers amis, sachez que ce n'est qu'erreurs, abus, illusions et impostures, de tout ce qui se débite et de tout ce qui se pratique dans le monde pour le culte et l'adoration des dieux. Toutes les lois et les ordonnances qui se publient sous le nom et l'autorité de Dieu ou des dieux, ne sont véritablement que des inventions humaines, non plus que tous ces beaux spectacles de fêtes et de sacrifices ou d'offices divins, et toutes ces autres superstitieuses pratiques de religion et de dévotion qui se font en leur honneur.

Toutes ces choses là, dis-je, ne sont que des inventions humaines, qui ont été, comme je l'ai déjà remarqué, inventées par des fins et rusés politiques, puis cultivées et multipliées par des faux séducteurs et par des imposteurs, ensuite reçues aveuglément par des ignorants, et puis enfin maintenues et autorisées par les lois des princes et des grands de la Terre, qui se sont servi de ces sortes d'inventions humaines pour tenir plus facilement par ce moyen-là le commun des hommes en bride et faire d'eux tout ce qu'ils voudraient.
et à la section VIII, sur la première preuve, il dit, se référant aux auteurs que les christicoles appellent saints et sacrés, :
Et dans leur livre de la Sagesse, il est dit expressément que l'invocation et le culte des idoles ou des fausses divinités est l'origine, la cause, le commencement et la fin de tous les maux qui sont dans le monde. (Sagesse XIV-27)
alors que, comme on le sait, à l'instar de leurs prédécesseurs, ces mêmes christicoles sont eux mêmes inventeurs de toutes les fourberies chrétiennes.

On a trop facilement tendance à oublier le passé et négliger les anciens qui comme nous avaient des yeux, des oreilles et la raison pour décoder l'hommerie du temps laquelle n'a pas changé d'un iota depuis.

3.6 En résumé

L'homme primitif imagine un monde invisible responsable de ce qu'il observe dans la vie courante, un monde avec ses lois et ses obligations. Émergent alors des univers magiques où le mysticisme règne comme culture universelle. La croyance et les pouvoirs politiques s'amalgament créant diverses formes d'États asservissant le peuple pour leur plus grand intérêt.

4. Dissensions

Ces idées à propos de l'homme et de ses croyances n'ont pas été partagées par tous les penseurs. Dès les débuts elles ont été critiquées et réfutées et bien que prédominantes et envahissantes, ont toujours trouvé leur lot d'objecteurs.

4.1 La philosophie

Les premiers penseurs qui nous ont légué quelques indications sur leurs réflexions, mêmes minimes malgré la pauvreté des documents qui nous sont parvenus, sont d'origine grecque et on peut les classer en deux catégories. La première accueille la pensée matérialiste et on y connaît Parménide, Héraclite, Anaxagore, Diogène, Leucippe, Démocrite, Épicure, Lucrèce. Ces penseurs qui niant tout principe divin, furent poursuivis par les impérialistes politiques et religieux qui basaient leur pouvoir sur l'aliénation intellectuelle des peuples. L'autre catégorie, connaît les célébrités qui se sont interrogées sur la vie, la citée, la société et l'homme, ce sont les classiques Socrate et Platon. S'appuyant sur leurs réflexions, Aristote nous a légué les bases d'un raisonnement structuré qu'on nomme aujourd'hui la philosophie. S'inspirant de celle-ci, les premières tentatives de justifier les croyances sur une base rationnelle et argumentée remontent à Augustin D'Hippone. Ancien manichéen, connaissant le Platonisme, il invente Dieu, en tant que principe, que cause non causée. Il le maquille avec les idées de perfections, le superlatif des qualités positives, d'essences, toutes choses décrétées comme des réalités objectives alors que ce sont de pures spéculations. Elles sont la base de la métaphysique, une tentative d'intégrer la méthode scientifique au raisonnement philosophique en vue de l'ennoblir, de lui conférer une plus grande crédibilité, créant ainsi la théologie. Cette construction intellectuelle, poursuivie par Thomas-d'Aquin n'a pour but que de justifier logiquement la foi dans le système chrétien (Zev Sternhell).

4.2 La théologie

La théologie, la philosophie au secours de la religion, procède depuis les pères de l'église selon le même scénario. Il s'agit de nier ou de camoufler la contradiction logique du raisonnement dans la première proposition du syllogisme qu'elle nomme pompeusement l'argument ontologique. Voici les cinq arguments de Thomas d'Aquin (1224-1274) en faveur de l'existence de Dieu. Ref: Marco DeRossi, p 279.
  1. «Il y a une cause motrice à tout mouvement, Dieu est le premier moteur non mû».
  2. «Tout effet a sa cause, on ne peut remonter à l'infini, donc Dieu est la cause efficiente première».
  3. «Dieu est nécessaire en soi, c'est la première nécessité».
  4. «Dieu est le modèle parfait».
  5. «La nature est ordonnée et il faut une intelligence qui la commande, Dieu est le guide intelligent de toutes choses.
Autre exemple: le problème du mal montre l'absurdité des propriétés attribuées à Dieu lesquelles conduisent à son auto négation:
  1. Dieu est tout puissant, sait tout et est infiniment bon;
  2. Le Mal existe et, ou Dieu le sait, ou il l'ignore;
  3. Il le sait et peut le supprimer, mais il ne le fait pas;
  4. C'est impossible, car il est infiniment bon;
  5. Il veut le supprimer, mais il ne le peut;
  6. C'est impossible, car il est tout puissant;
  7. Il ignore que le Mal existe;
  8. C'est impossible, car il sait tout;
  9. S'il existe avec tous ses attributs, il ne peut y avoir de Mal;
  10. C'est impossible, car le Mal existe;
  11. L'hypothèse Dieu est donc impossible en vertu de ses propriétés intrinsèques, c'est une contradiction logique.
On voit bien que le processus est toujours le même à savoir une affirmation gratuite qui ne s'appuie sur rien et qui porte en elle même sa propre contradiction, sa négation étant implicite dans son expression.

4.3 Le refus grec

À l'époque des premiers philosophes grecs, celui qui s'est le plus distingué dans le refus du mystique et dont les préceptes et enseignements ont perduré le plus longtemps est Épicure (341-270). Il existait encore des écoles épicuriennes au troisième siècle de notre ère. Épicure élabore une théorie de la connaissance qui se fonde sur les sens, sur la véracité des sensations qui seules, garantissent que nous connaissons la réalité. Il réfute l'existence de Dieu par le problème du mal.

Lucrèce (99-56), sur les pas de son maître Épicure, entreprend de transmettre le système épicurien, pensée purement matérialiste en opposition à celle des sophistes. Citons quelques extraits de son oeuvre «De la nature»,
  • Rien donc ne peut naître de rien, nous devons l'admettre puisque tout a besoin de semence pour se former. (I, 205-206)

  • Rien donc ne retourne au néant, mais toute chose se désagrège et rejoint les éléments de la matière. (I,248-249)

  • À quoi donc nous référer? Pouvons-nous ne rien avoir de plus sûr que les sens pour distinguer le vrai du faux? (I, 669-700)

  • D'abord, je dis que l'esprit, souvent nommé intelligence, où siègent le conseil et le gouvernement de la vie, est une partie de l'homme tout comme la main, le pied, les yeux sont des parties de l'ensemble d'un vivant. (III, 93-96)

  • ,Mais celui qui pense qu'on ne sait rien ne sait pas même si on peut le savoir puisqu'il avoue ne rien savoir. Je négligerai donc de plaider une cause contre qui a décidé de marcher sur la tête. Même si je lui accorde cet unique savoir qu'il me dise comment, s'il n'a rien vu de vrai au monde, il sait ce qu'est savoir et ne pas savoir, d'où provient la notion du vrai et du faux, quel est le critère du doute et de la certitude. Tu découvriras que les sens formèrent les premiers la notion de vérité et qu'ils sont infaillibles. (IV, 469-479)
Michel Onfray dit de Lucrèce qu'il offre le parfait bréviaire du combat contre toutes les superstitions :
Avec lui se fait jour une idée redoutable, simple et vraie: la religion, le religieux naissent de l'inculture et du manque de savoir. Le croyant se satisfait de la foi, car il ignore. Le sacrifice aux divinités, aux mythes, aux illusions procède d'un défaut d'informations sur la véritable cause de ce qui advient. Quand le philosophe digne de ce nom travaille, le prêtre recule. Quand le clergé domine, l'intelligence régresse. Leçon qui vaut pour les vendeurs d'arrière-mondes païens, juifs, chrétiens, certes, mais aussi pour tous ceux qui n'avancent pas dans la clarté brutale de l'athéisme.

Lucrèce attaque la religion dans son fondement, il traque ce qui la constitue et met au jour les raisons pour lesquelles les hommes fabriquent des idoles, y vouent un culte, se défont d'eux-mêmes, s'aliènent et finissent par remettre leur destin entre les mains des prêtres, du clergé qui, sans vergogne, utilise la foi et la piété comme autant d'occasions d'assurer une domination sur les corps et les âmes, puis d'exercer un réel et redoutable pouvoir politique. Les hommes créent les dieux à leur image hypostasiée. En partant de leurs faiblesses, ils structurent des forces auxquelles ils s'en remettent pour leur plus grand malheur.


4.4 La Renaissance et les Lumières

La Renaissance prend sa source au XV°siècle en Italie et se diffuse dans toute l’Europe. C’est un mouvement artistique qui redécouvre l’art de l’Antiquité gréco-romaine dont la perfection doit être imitée. Elle est associée à la redécouverte de la littérature, de la philosophie et des sciences de l’Antiquité. L’humanisme apparaît et donne une nouvelle place à l’homme qu'il conçoit capable, grâce à son intelligence, d’appréhender tous les domaines de la connaissance. C'est à partir de l'époque de la Renaissance, au XVIe siècle, que la pensée rationaliste renaît et se fraye un chemin dans le fouillis des illusions moyenâgeuses. Tous les systèmes d'idées, incompatibles avec la connaissance approfondie de la nature, seront mis en échec grâce aux Copernic, Bruno, Galilée, Descartes, Newton, Bacon et autres. Les Lumières voulaient libérer l'individu des contraintes de l'histoire, du joug des croyances traditionnelles et non vérifiées, elles apportaient l'humanisme, les valeurs universelles, la démocratie, la grandeur et l'autonomie de l'individu et le rendaient maître de son destin. Les Lumières sont portées par Locke, Rousseau, Kant qui mettra un terme à toutes les philosophies spéculatives, Voltaire, d'Holbach, Condorcet, Diderot et d'Alembert qui éditent l'Encyclopédie, Condillac, Saint-Just et bien d'autres. Le siècle des Lumières qui suit verra la Déclaration des Droits de l'Homme, rendra à l'individu sa liberté et ouvrira la voie à la connaissance scientifique et aux découvertes technologiques des XIXe et XXe siècles. Zeev Sternhell dans une analyse marquante de la réaction des Anti-Lumières, dont les initiateurs sont Vico, Burke et Herder, nous montre que celle-ci
Dénie à la raison le droit de remettre en cause l'ordre existant. Les droits de l'homme, tout comme l'idée selon laquelle la société est un produit de la volonté de l'individu et n'existe que pour assurer son bien-être, sont une dangereuse chimère, une véritable révolte contre la civilisation chrétienne. Ce qui existe a été consacré par l'expérience, par la sagesse collective et possède une raison d'être qui peut ne pas être claire à tout moment pour chaque individu, mais est le fruit de la volonté divine présente dans l'histoire.
Ils voient l'individu déterminé et limité par ses origines ethniques, par l'histoire, par sa langue et par sa culture. L'anti-rationalisme qui suit s'accompagne du relativisme culturel et du communautarisme nationaliste. Une des grandes lignes de l'argument développé par Zeev Sternhell est que
Le rejet des Lumières depuis la fin du XVIIIe siècle constitue non seulement une négation des principes sur lesquels reposent les démocraties des XIXe et XXe siècles, mais, dans la mesure où la capacité de l'individu à maîtriser le monde dans lequel il vit est un élément constitutif fondamental du libéralisme et plus tard de la démocratie libérale, cette révolte sape les fondations du libéralisme même.
Il ajoute que
La vénération du particulier et le rejet de l'universel constituent le dénominateur commun à tous les penseurs des contre-Lumières indépendamment de leur milieu et de leur époque.
Encore aujourd'hui, même discréditées, philosophies et théologies ont toujours leurs entrées dans les institutions de haut savoir que sont les universités. On y trouve maintenant les postmodernistes et les multiculturalistes, héritiers directs de ce mouvement Anti-Lumières.

4.5 La multitude des interrogateurs

On évalue qu’il y a trois millions d’années, les premiers humains sur la Terre représentaient environ 100 000 individus. Vers 50 000 avant notre ère la population mondiale peut avoir atteint 1,5 million d’individus. Il a 40 000 ans le peuplement se situe à environ 5 millions d’habitants et en compte environ 100 millions vingt siècles avant notre ère. Il y en aurait environ 500 millions à la fin du XVe siècle, 650 millions vers 1750, 1,2 milliard vers 1850, 2,5 milliards en 1950. Le milliard d’habitants du début du XIXe siècle est passé aujourd'hui à plus de 7,6 milliards d’individus. On estime à 100 milliards le nombre d'humains ayant vécu depuis l'apparition de l'Homo sapiens sur la terre il y a 200 000 ans. C'est donc en gros, 100 milliards d'individus qui ont cherché leur vie durant la réponse à la Question. Qui suis-je? D'où est-ce que je viens? Pourquoi suis-je ici? Où est-ce que je vais? Pourquoi dois-je souffrir? Pourquoi dois-je mourir? Que se passe-t-il après la mort? Et personne, personne, n'a jamais trouvé de réponse satisfaisante hormis des créations théâtrales mythiques. Pourrait-on s'interroger sur ce fait particulier qu'aucune réponse intelligente n'ait été trouvée malgré la quantité de matière grise mise en jeu? En supposant qu'une véritable connaissance du monde réel n'ait débuté que vers le XVe siècle et que seulement 1 pour cent de la population ait eu accès à cette connaissance, cela concerne quand même environ 300 millions de cerveaux avides de savoir, et toujours pas de réponse. Cette incapacité n'éveille-t-elle pas le moindre soupçon quant à la présence d'un écueil fondamental?

4.6 En résumé

Philosophes et théologiens ont présenté moult preuves de l'existence de Dieu lesquelles furent toutes contestées et niées au nom de la logique rationnelle. Malgré le nombre incalculable de penseurs, nul n'a produit de preuves à ce sujet.

5. Les structures

Afin de trouver une explication au fait que personne n'ait trouvé de réponse valable au vu de la connaissance actuelle du monde, il faut examiner non plus le monde extérieur, mais plutôt le monde intérieur de celui qui interroge. Il faut analyser les processus qui se déroulent à l'intérieur de l'être. On doit examiner les structures neuronales, les circuits qui véhiculent les informations venues tant de l'extérieur que de l'intérieur du corps humain. On doit constater comment fonctionne ce corps, comprendre comment s'élaborent ses mémoires, ses analyses, ses émotions, ses sentiments, sa personnalité, ses décisions et ses interactions sociales. Il faut réfléchir sur les moyens par lesquels se déterminent les mécanismes généraux d'acquisition et du traitement de l'information lesquels construisent et déterminent l'être.

Dans les chapitres subséquents, nous nous inspirons des recherches faites depuis plusieurs années dans le but de comprendre le fonctionnement du cerveau. Nous valorisons notamment les travaux d'Antonio Damasio, chercheur en neurosciences, en neurologie et en psychologie. Il est l'auteur de nombreux ouvrages notamment: «L'Erreur de Descartes», «Le sentiment même de soi», «Spinoza avait raison», «L'autre moi-même» et «L'Ordre étrange des choses».

5.1 L'évolution

Avant tout, il faut être conscient que l'être humain, comme tous les autres organismes terrestres, est l'achèvement après plus de 500 millions d'années, date approximative de l'apparition de la vie sur terre, d'une infinité d'interactions entre tous les individus qui l'ont précédé et leur environnement, lui-même changeant selon les époques géologiques. Il est le fruit de l'évolution, au sens Darwinien du terme, du code génétique qui le défini et le construit. Ainsi on doit voir dans sa structure actuelle l'accumulation d'éléments qui à un moment ou un autre de l'histoire, ont assuré sa survie et sa progression en l'organisme actuellement doué du cerveau le plus élaboré de la planète.

Fait notable, tout au long de l'évolution, qui a élaboré de nouvelles et étonnantes formes et fonctions au sein de chaque groupe de vertébrés, certains traits n'ont absolument pas bougé. Et l'une des choses qui n'ont jamais été modifiées au cours des centaines de millions d'années de l'évolution, c'est la structure de l'hormone thyroïdienne; pas un seul atome n'a changé entre un têtard et un humain. Cette même molécule nécessaire pour orchestrer la métamorphose d'un têtard en grenouille est aussi nécessaire pour assurer le développement optimal du cerveau chez tous les vertébrés, y compris les humains.

Tout particulièrement, les neurones qui vont constituer le cerveau se développent en des lieux précis puis vont migrer vers d'autres endroits, et ce selon diverses séquences temporelles et subséquemment établir des connexions entre eux. L'hormone thyroïdienne affecte tous ces processus que ce soit la prolifération, la migration, la formation de synapses ou la myélinisation des cylindres-axes et elle intervient dans toutes les parties du corps et du cerveau, et ce non seulement durant les mois de grossesse, mais au cours des deux premières années de vie chez l'humain.

Ces processus sont extrêmement sensibles aux influences externes notablement aux perturbateurs endocriniens et à tout ce qui peut interférer avec le développement en général. C'est pourquoi le foetus se développe dans le milieu protégé de l'utérus maternel. Encore là il n'est pas insensible aux aléas de la vie de la mère. Même après la naissance, les connexions neurales ne sont pas définitives et sont modifiées en fonction des apprentissages du bébé et de l'enfant.

C'est le message que Barbara Demeneix nous livre, à savoir l'extrême importance de l'hormone thyroïdienne dans la formation de l'être humain, le maintien de l'intégrité du cerveau et de tout l'appareillage neural, essentiels à la mise en place des structures cognitives de l'être.

5.2 Le cerveau

De toute évidence, le cerveau est le point central où convergent tous les signaux provenant tant de l'extérieur que de l'intérieur. C'est le centre de commande qui préside aux décisions et réactions conséquentes de l'être. Le cerveau est une structure neuronale dont les processus ont pour fonction de régulariser et de maintenir à un niveau optimal autant les états internes de l'organisme que les relations entre l'individu et son environnement. Chez tous les êtres vivants, on observe trois principes fondamentaux qui régissent l'ensemble des fonctions organiques soit maintenir l'intégrité de l'ensemble, assurer la sécurité et garantir la reproduction. L'intégrité concerne le bon fonctionnement interne de l'organisme, le maintien en bonne santé, la gestion des communications avec le monde externe dont les principaux canaux sont le langage, les émotions, les gestes, les actions et les déplacements. La sécurité concerne l'approvisionnement en nourriture par les techniques d'élevage, d'agriculture, la préparation des aliments, la protection corporelle immédiate dont la production de vêtements, la climatisation des lieux, l'assurance du repos et du confort de l'être, l'isolation des agresseurs et des prédateurs par le logis et les remparts de tout genre et ce, tant pour l'individu que pour le groupe. Quant à la reproduction, les comportements adéquats sont génétiquement inscrits dans la structure neuronale et difficilement modulés par les normes sociales. Toutes ces nécessités essentielles à la survie sont les mêmes à divers degrés tant pour l'humain que pour les autres êtres vivants. Elles sont possibles grâce à un cerveau qui apprend et décode son environnement, qui y réagit en faisant les choix les plus judicieux et pose les actions qui vont assurer les nécessités de la vie. Ceux qui seront les plus performants et les mieux adaptés aux changements externes se reproduiront plus efficacement au détriment des autres assurant en cela leur prévalence.

5.3 La personnalité

La personnalité résulte de l'ensemble des interactions entre l'individu, son environnement et de nombreux autres individus semblables à lui-même. Celle-ci est modulée par l'ensemble des normes sociales, au premier niveau par les parents et ensuite de façon variable selon les aléas de la vie par la famille, les amis, le village, le pays et finalement le monde dans son ensemble. Le développement de la personne commence dès la naissance depuis les premiers contacts avec la mère et subséquemment suivant toute la gamme des étapes du développement, toute la vie durant, et ce jusqu'à la fin dernière. Tout au long de sa vie, l'individu accumule des expériences, prend des décisions bonnes ou mauvaises, les mémorise et les enfouit dans les profondeurs de l'être avec l'aide des émotions vives et structurantes. La personnalité enferme les nécessités de la vie dans des protocoles sociaux dont l'expression varie à l'infini selon les individus. Ces protocoles se fondent sur des modèles de la compréhension du monde, sur des conventions transmises par l'autorité, sur des inhibitions, sur des sentiments, sur des émotions, sur des inimitiés, sur des amitiés, sur des modes, sur des expériences heureuses ou malheureuses, etc. Certaines personnalités auront des affinités entre elles alors que d'autres non. Certaines pourront être affectées par des difficultés d'intégration au sein du groupe ou encore par des troubles de la santé. La personnalité est structurée de telle sorte qu'un individu puisse évoluer convenablement dans son environnement physique et social. Mal adapté, l'individu devient délinquant ou encore souffre de problèmes psychologiques qui vont varier de léger à profond. L'ensemble des individus interagissant compose un réservoir global qui définit la société avec ses règles, ses us et coutumes, une personnalité globale, finalement une société unique et distincte des autres et construite de même manière que les autres. Les diverses sociétés, encadrées par une structure étatique et politique définissent les nations et les nationalismes.

5.4 Les affections

La structure du cerveau a été cartographiée et montre des zones ou des domaines auxquels on a associé des fonctionnalités comportementales. Les plus évidentes sont les zones visuelles, du langage et motrices que l'on repère à la surface extérieure du cortex cérébral. D'autres zones ont aussi été découvertes et circonscrites à la suite de traumatismes crâniens qui les ont détruites ou affectées sérieusement modifiant en cela de façon spectaculaire les comportements de la personne. Schizophrénie, paranoïa, psychopathie sont des troubles de la personnalité bien connus. Des maladies dégénératives neuronales telles que le Parkinson ou la maladie de Lou Ghering sont plus connues, mais l'agnosie et l'anosognosie sont des pathologies encore plus étonnantes, affectant de façon fractionnée et disjointe, les capacités de la conscience de soi. Les hormones, les médicaments, les drogues affectent directement le fonctionnement de certains neurones et en résultent des états physiques désorganisés, anormaux ou encore des états altérés de l'esprit. Certaines zones sont cruciales à l'existence même et leur altération provoque le coma, laissant l'individu dans un état végétatif où le soi et la conscience sont absents alors que les autres fonctions organiques ne sont pas affectées. Une altération de certaines zones précises du tronc cérébral entraîne la mort. De la connaissance des fonctions organiques du cerveau et de leur relation externe avec la personnalité, il ressort clairement que celle-ci est une caractéristique humaine dépendante du substrat neuronal. Le cerveau est une structure neurale extrêmement complexe supportant des processus dynamiques qui peuvent être affectés et modifiés en tout temps par les aléas de la vie. La conscience comme le soi sont des processus neuronaux dynamiques se recréant constamment sans fin depuis la naissance jusqu'à la mort. Toute perturbation est source de problèmes se reflétant extérieurement par des dysfonctionnements tant organiques que psychologiques.

5.5 Les émotions

Les émotions sont des réactions physiologiques et physiques résultant d'une dissonance ou du renforcement des choix essentiels à la survie de l'individu, choix hautement bénéfiques ou porteurs de contradictions dont la résolution se manifeste par des comportements typiques. Elles véhiculent et accompagnent des signaux externes destinés à la survie, comme la peur, la fuite ou la catalepsie devant le danger ou la joie et le bonheur devant des situations protectrices et constructives. Elles interviennent et fixent des comportements lors de la résolution de conflits internes. Elles sont intimement liées à la reprogrammation des codes, des modèles internes, de la réorganisation des mémoires, de la construction d'alternative décisionnelle, de nouveaux liens affectifs entre les objets, de choix essentiels à la survie. Les émotions figent, fixent profondément les comportements et les attitudes et les modifier en nécessitent d'autres, tout aussi intenses. Elles constituent ce que Antonio Damasio considère comme marqueurs somatiques.

5.6 Les sentiments

Les sentiments, à ne pas confondre avec les émotions, demeurent à l'intérieur de l'individu. Ils représentent des états internes de conscience affectant le soi. Ils sont aussi en relation étroite avec les émotions lorsque l'environnement change en tant qu'éléments directeurs. Les sentiments sont essentiels à la prise de décisions lorsque la déduction rationnelle ne peut trancher. Ils orientent et dirigent de façon sélective les comportements. Par exemple, on peut avoir des sentiments de haine ou d'amour, injustifiables rationnellement, mais étant produits inconsciemment suite à des expériences antérieures oubliées ou encore résulter d'agents physico-chimiques imperceptibles. Les expressions populaires comme "je ne puis le sentir" ou "elle me tape sur les nerfs" sont de bons exemples.

5.7 En résumé

L'évolution a accumulé en construisant dans les structures neuronales du cerveau les processus par lesquels émergent les émotions, les sentiments, la conscience, le soi et la personnalité. Par ses réactions adaptatives, cette structure plastique éminemment sensible aux perturbations, assure grâce à l'homéostasie la pérennité de l'être. Tout cela démontre l'absurdité et l'ineptie des idées spéculatives mystiques: il n'y a pas d'essence, d'âme ou d'homoncule résidant quelque part dans cette enveloppe charnelle en tant que représentants du soi ou de propriétés de la conscience.

6. La compréhension

La compréhension du monde est fondée justement par tous ces éléments que nous venons de décrire. Les sentiments, les émotions, les comportements, les décisions, les événements passés, les bonnes ou mauvaises expériences, les relations sociales, l'état de santé, le malheur ou le bonheur, tous traduisent les valeurs personnelles. Chacun peut bien avoir la vision du monde qui, bien sûr, est associée à son bien-être, à sa survie tant physique que sociale, mais, qu'en est-il profondément?

6.1 La liberté

La liberté, dans son sens global et général, est l'absence de contrainte. Pour l'individu, la liberté de penser signifie sa capacité de choix, de décisions et d'actions exercés depuis son monde intérieur c'est-à-dire son profil, sa personnalité, ses valeurs personnelles. Vu de l'extérieur, tout individu est limité par la richesse ou l'indigence de ses expériences de vie. Différents individus ont des limites différentes, des domaines d'actions compatibles, communs, disjoints ou opposés. Chacun voyant le monde réel à travers ses propres lunettes peut avoir l'impression d'une liberté totale, mais, en fait elle est limitée. Toute liberté s'exerce en fonction de l'image interne qu'une personne a du monde, toujours à l'intérieur de son domaine d'action. Tous les individus sont libres, car ils disposent des mécanismes neuronaux qui leur permettent d'analyser, de mémoriser, de choisir et d'agir. Il s'agit nécessairement d'individus sains n'ayant pas de lésions contraignantes. Ce qui différencie les personnes, c'est la culture intérieure, comment elle est entretenue, sa richesse.

6.2 Le libre arbitre

Bien que libre, chaque individu est contraint d'exercer sa liberté dans un domaine bien défini, celui de son jardin intérieur. Mais qu'en est-il quand ce jardin n'est pas totalement représentatif du monde extérieur? Lorsque l'individu n'a pu évoluer sans limites ou contraintes pour expérimenter et vivre librement le monde réel dans sa totalité, nécessairement, il n'a pu en construire de représentations mentales justes et exhaustives. Sa vision du monde s'en trouve restreinte, colorée par ses biais et ses limites. Dans ce cas, il est toujours libre, mais il ne peut arbitrer judicieusement ses interactions avec le monde réel. Alors, on le dit conditionné, limité, dépourvu, car, ayant intégré des éléments subversifs limitant sa capacité d'arbitrage ou au contraire n'ayant pas intégré des éléments essentiels à la juste compréhension de ce monde, il ne dispose pas de ce que l'on nomme le libre arbitre. Bien qu'il ait l'impression de faire tout choix et d'entreprendre toute action en pleine liberté de conscience, ce qui est le cas, il ne peut arbitrer ses décisions en toute connaissance de cause. Même placé en face de l'évidence, il se refusera à agir de façon rationnelle et logique, car il sera sous l'emprise de ses sentiments et de ses émotions le liant de façon préférentielle à d'autres expériences, à d'autres façons d'être.

6.3 La société

C'est depuis ce jardin intérieur que tout un chacun évolue et pose des actions en regard du monde réel. Grâce à la mémoire, chacun dispose d'un ensemble de points de repères, de références internes lui permettant de faire face au monde réel. L'ensemble des individus par leurs interactions confrontent toutes ces mémoires et, mises en commun, finissent par construire un individu global, virtuel. Ainsi, cet ensemble de références, de mémoires collectives construit et définit une identité nationale et la culture globale du groupe. En retour, la société modèle l'individu et sa vision du monde. Mais, selon les valeurs ayant cours dans sa culture, l'individu en demeure d'une certaine manière captif. Toutefois il lui est possible de s'émanciper et d'aller au-delà de ce que la famille, les amis et le village lui imposent pourvu que la société dans laquelle il naît l'autorise et n'impose pas de contraintes trop fortes à son libre arbitre. Ses efforts personnels à maintenir des relations sociales, à s'éduquer et à s'instruire sont garants de son émancipation et de la construction d'une vision du monde enrichie et globale qui à son tour pourra contribuer à l'évolution de la société.

6.4 Le droit

Cette société en tant que le reflet des expériences individuelles mises en commun, équilibrées, distillées, formulées d'une manière convenue de tous, définit les lois, les convenances, les us et coutumes, établissant par là un cadre à l'intérieur duquel tout un chacun sera astreint d'évoluer. Certains aspects seront inconditionnels et nul ne pourra y déroger sans condamnation alors que d'autres seront plus laxistes et tiendront plutôt des convenances et bonnes manières. Les lois explicitent les lieux et les comportements assujettis, applicables indistinctement à tous et auxquels nul ne peut échapper. En regard de la généralité et du caractère restrictif des lois, le droit permet d'exiger, d'imposer et de se prémunir contre l'injustice, la discrimination et l'abus. Reconnaissant que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits, une charte des droits et libertés définit des postulats fondamentaux sur lesquels vont se greffer les lois et le droit. Ainsi se fonde une Constitution de la société et autant de sociétés distinctes, autant de Constitutions.

6.5 La tolérance

L'individu dont la vision du monde déborde pour ainsi dire les limites de la vision globale du groupe se place en conflit avec les valeurs acceptées par la société dont il fait partie. Il entre en opposition sinon concrétise une déviance source d'animosité vis-à-vis des autres membres. La liberté de penser et d'expression étant une valeur fondamentale de la société garantie par les lois civiles, la notion de tolérance apparaît. Tout d'abord mentionnons ce que la Déclaration universelle des droits de l’homme de l'ONU déclare dans son article 29(2) :
Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.
Étendre ces limites au delà de leur raison d'être devient de la tolérance. Celle-ci consiste à accepter une différence, une déviation par rapport aux normes en vigueur au nom du respect de certaines valeurs humaines. Tolérer n'est possible que si ce qui est toléré ne puisse être une source destructive des valeurs mêmes de la société, en compromettant la paix et la sécurité. Autrement, c'est ouvrir la porte à une forme de suicide social. Il est à propos de citer Karl Popper à ce sujet :
Une tolérance illimitée a pour conséquence fatale la disparition de la tolérance. Si l'on est d'une tolérance absolue, même envers les intolérants, et qu'on ne défend pas la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis, et avec eux la tolérance. Je ne veux pas dire par là qu'il faille toujours empêcher l'expression de théories intolérantes. Tant qu'il est possible de les contrer par des arguments logiques et de les contenir avec l'aide de l'opinion publique, on aurait tort de les interdire. Mais il faut revendiquer le droit de le faire, même par la force si cela devient nécessaire, car il se peut fort bien que les tenants de ces théories se refusent à toute discussion logique et ne répondent aux arguments que par la violence. Il faudrait alors considérer que, ce faisant, ils se placent hors la loi et que l'incitation à l'intolérance est criminelle au même titre que l'incitation au meurtre, par exemple.
L'intégrité et la sécurité de tout système ne sauraient admettre ce qui pourrait le mettre en péril, les lois doivent toujours avoir force et préséance sur l'intolérable.

6.6 En résumé

L'absence de contraintes assure l'individu de sa pleine liberté qui par les expériences limitées se voit réduite au libre arbitre. La société se construisant sur l'ensemble des expériences individuelles définit un cadre formel par le corpus de ses lois et un cadre informel par ses us et coutumes. Jouissant de sa liberté à l'intérieur d'un tel cadre, il ne peut en sortir que si la tolérance des autres l'autorise sans qu'elle ne mette la société en péril.

7. Les archétypes

Nous examinons ici comment se fondent les principes directeurs, les critères fondamentaux qui finissent par devenir les pierres angulaires, les archétypes de l'éthique et de la moralité.

7.1 Les systèmes

Afin de comprendre le fonctionnement d'une structure, on procède ordinairement en la disséquant selon ses parties et composantes les plus évidentes. On met à l'épreuve individuelle chacune d'entre elles et à la fin, on finit par découvrir les mécanismes constituants l'ensemble desquels étaient cachés à l'origine. Lorsque la structure est trop complexe pour pouvoir la découper, on procède autrement en l'assimilant à une boîte noire ayant d'une part des intrants et d'autre part des extrants. Un stimulus placé en entrée induit ordinairement une réponse en sortie. La relation ou rapport entre la réaction et la stimulation se nomme la fonction de transfert du système et décrit les propriétés de la structure. Selon les réactions du système à divers stimulus d'entrée, certains d'entre eux auront un impact plus significatif que d'autres. On découvrira ainsi que parmi plusieurs états d'être du système, certains stimulus auront un impact des plus important et seront ainsi jugés optimums en ce sens que le système remplit ainsi pleinement sa fonction. À l'inverse, il pourra y avoir d'autres stimulus où le système est inhibé et ceux-ci pourront alors être jugés négativement. Les intrants ou conditions favorables à de tels états optimums sont alors vus comme les meilleurs et ceux qui s'en éloignent sont vus comme défavorables. Pour qu'un système fonctionne de la manière la plus efficace et la plus efficiente possible, les états d'entrées vus comme optimums doivent être priorisés alors que les autres doivent être délaissés. Pour un système, les conditions induisant les états bienfaisants constituent ce qu'on peut appeler le bien alors que celles qui induisent le contraire et l'entravent constituent ce qu'on peut appeler le mal.

7.2 Le bien et le mal

À la vue de ce qui précède, on peut considérer le bien comme ce qui favorise les états les mieux adaptés à une situation donnée alors que le mal, son contraire, s'y oppose et conduit à la détérioration de la situation. Il en est de même en éthique et, est bien ou bon pour un système donné ce qui valorise les états acceptables et mal, ce qui leur est nuisible ou adverse. Comme il peut y avoir plusieurs états qui favorisent un système, de même que plusieurs qui le défavorisent, celui qui maximise les bienfaits constitue le plus grand bien et celui qui maximise les désavantages constitue le plus grand mal. Le bien et le mal caractérisent des conditions externes au système, ils ne sont pas des propriétés intrinsèques du système. Un système fonctionne bien ou mal en réaction à son environnement.

7.3 La perfection

Considérant l'existence d'états optimaux, on peut s'intéresser à la recherche de conditions qui induiraient un état supérieur, qui soit le plus grand maximum atteignable, ce qui serait la perfection. Il s'agit là du superlatif associable à un état idéal. Le superlatif constituant la perfection n'est pas un état réaliste, car il dépasse ce qui est réellement possible, il va au-delà des capacités intrinsèques du système, au-delà du maximum possible. La notion de perfection correspond à la notion d'infinité laquelle n'est qu'une simple vue de l'esprit. La perfection n'a pas de réalité objective et sa poursuite est un gage d'échec et de déception. Dans «Critique de la raison pure», Chapitre III, "L'idéal de la raison pure", première section, "De l'idéal en général", Emmanuel Kant affirme :
Nous avons vu plus haut que les concepts purs de l'entendement, indépendamment de toutes les conditions de la sensibilité, ne peuvent pas du tout nous représenter des objets (keine Gebgenstände), puisque les conditions de la réalité objective leur manquent et qu'on n'y trouve rien de plus que la simple forme de la pensée. Pourtant, on ne peut les présenter in concreto, quand on les applique à des phénomènes, car ces derniers constituent pour eux proprement la matière exigée pour le concept de l'expérience, lequel n'est autre chose qu'un concept de l'entendement in concreto. Mais des idées sont encore plus éloignées de la réalité objective que des catégories; car on ne peut pas trouver de phénomènes où elles puissent être représentées in concreto. Elles contiennent une certaine perfection à laquelle n'arrive aucune connaissance empirique possible; et la raison n'envisage en elles qu'une unité systématique, dont elle cherche à rapprocher l'unité empirique possible, mais sans jamais l'atteindre pleinement.

Ce que j'appelle idéal paraît encore plus éloigné de la réalité objective que l'idée, et, par là, j'entends l'idée non pas simplement in concreto, mais in individuo, c'est-à-dire considérée comme une chose singulière déterminable ou tout à fait déterminée par l'idée seule.
Si on appelle Bien un certain état de perfection et Mal son opposé, alors on doit considérer le Bien et le Mal comme des vues de l'esprit sans aucun rapport avec la réalité. Il est absurde d'essayer de concevoir des programmes de perfectionnement en vue de les atteindre, car les absolus en cette matière sont des utopies.

7.4 Le bien de tous

Si l'on considère plusieurs systèmes interreliés où les extrants de chacun servent d'intrant aux autres, il est fort probable qu'aucun de ces systèmes ne fonctionne dans son état optimal, mais se trouve plutôt dans un état intermédiaire. Cet ensemble est, globalement, dans un état qui dépend des intrants qui lui sont extérieurs. Dans un tel cas, il est impossible de trouver les intrants extérieurs qui placeraient simultanément chacun des systèmes dans son état optimum. Similairement, il est éthiquement aberrant de vouloir rechercher le bien simultané de tous les composants. Il n'existe pas de contrainte extérieure qui puisse faire en sorte que tous les éléments d'un système soient placés dans leur état de bien. On peut vouloir le bien de tous, mais il n'existe pas d'environnement qui le permette. Tantôt certains seront favorisés alors que d'autres seront défavorisés et toute sorte de combinaisons pourront survenir. Par conséquent, toute proposition ayant pour but d'éradiquer un état jugé malséant dans un ensemble complexe est impossible à réaliser et vouée à l'échec. Telle proposition ne peut être qualifiée autrement que d'utopie.

7.5 En résumé

Le fonctionnement optimal d'un système induit la notion de perfection qui n'est nulle autre que l'idée de Bien et en corollaire le Mal. Puisqu'il ne peut y avoir pour un système complexe de situation idéale pour tous les membres, il est fallacieux de prétendre au Bien de tous.

8. Le vivant

Les notions de moralité, de bien et de mal ne peuvent se concevoir autrement qu'en rapport avec la vie ce qui implique d'examiner comment elle se maintient et dans quel sens elle évolue. La vie biologique aussi bien que la vie sociale conservent leur cohérence par les exigences d'un corpus de contraintes.

8.1 L'ordre et le désordre

Les états d'un système peuvent être analysés, classés, triés. L'organisation d'un système se traduit par des liaisons entre ses éléments. Ces liaisons peuvent être des règles, des lois, des associations, ou autres principes, tous reliés selon une certaine logique. La notion d'ordre correspond à l'organisation des fonctions rendues par l'ensemble des liaisons. L'ordre représente un niveau élevé de cohérence alors que le désordre montre une absence d'affinité entre les éléments. Les structures bien organisées ont un niveau d'ordre élevé, et les éléments fonctionnent plus ou moins près de leurs états les plus favorables. Par exemple le tissu cellulaire des organes du corps humain qui conservent dans le temps leurs propriétés et leurs relations mutuelles. L'absence de structure ou une faible organisation représente le désordre, une faible affinité entre les éléments composants. Par exemple un amas de cellules cancéreuses qui se multiplient anarchiquement sans modèle d'ensemble défini. De même une pièce de théâtre montre un niveau d'organisation élevé alors que la foule qui circule sur la rue n'en a que très peu. La société qui, avec ses lois, ses règles, sa langue, ses us et coutumes, a un niveau d'ordre ou d'organisation élevé s'oppose à l'anarchie. L'ordre est une composante essentielle de l'organisation des systèmes complexes. Cet ordre ou désordre correspond aux notions de Bien et de Mal.

8.2 Le mouvement

Le mouvement est une caractéristique fondamentale de la nature. Même à la température du zéro absolu, il demeure un minimum énergétique animant l'atome. Les molécules sont en constant mouvement tant dans leur constitution interne que dans leurs interactions avec les autres molécules. Sans le mouvement, elles ne peuvent interagir entre elles pour réagir chimiquement et produire de nouveaux composés. Les virus, les bactéries, les animalcules, tous les êtres, des plus petits aux plus grands, sont toujours animés et en interaction les uns avec les autres. Les transformations cellulaires, leurs divisions et multiplications ne sont possibles que par les interactions et les transferts énergétiques qui y ont lieu. Au niveau moléculaire, tout est géré selon un plan d'ensemble traduit par le code génétique. Toute cellule vivante est le véhicule et l'expression des gènes apparaissant dans ses chromosomes. Les cellules sont présentes dans toutes les structures vivantes et leurs mouvements résultent d'organisations et de programmes coordonnés et bien définis.

Macroscopiquement par contre, rien ne détermine l'orientation des mouvements. Ont lieu au hasard des possibilités et des rencontres, les interactions qui ont le plus d'affinité, le plus de chances de se produire. Il n'y a pas de directions privilégiées sinon celles qui se créent au fur et à mesure des interactions les plus favorables à l'équilibre et à la stabilité du système tel qu'exigé par les contraintes environnementales. La vie est mouvements, transformations, interactions incessantes, adaptations.

8.3 La vie

La vie est donc un mouvement ordonné, et entretenu qui maintient un système intègre, stable, permanent dans le temps et l'espace. Un système vivant débute à un certain moment, perdure quelque temps et finit par se désintégrer. Ainsi parle-t-on de la naissance, de la vie et de la mort d'un système. Ce processus s'applique aussi bien aux êtres vivants qu'aux systèmes non biologiques. Toute chose a un début, une durée de vie et finalement une mort.

La vie, processus ordonné, sans cesse en mouvement, défini des individus uniques. À leur tour, ces êtres interagissent avec d'autres, semblables, formant des groupes qui partagent un même environnement et une même histoire. La vie, c'est ce mouvement global créé par la multitude des êtres animés, dotés de codes génétiques, se reproduisant semblables à eux-mêmes, maintenant la stabilité et la permanence temporelle du groupe.

8.4 Le but de la vie

Le but de la vie n'est autre que de maintenir fonctionnel ce qu'on a déjà considéré comme caractéristiques essentielles de tout système. C'est-à-dire assurer l'intégrité, la sécurité et la reproduction du dit système. Et ceci l'est en vertu du principe fondamental que la vie est un mouvement ininterrompu, sans fin. Un mouvement qui produit sans cesse de nouvelles structures disposant de propriétés nouvelles mieux adaptées à l'environnement. La vie est une séquence, évolutive, sans fin, de création et de destruction de moments de stabilité temporaires. Et à tout moment, ce qui favorise ce but constitue le bien et ce qui le défavorise représente le mal. Dans un environnement qui change constamment, la but de la vie est de se maintenir et de s'adapter à ce nouvel environnement. Cela peut nécessiter que le système modifie, acquière ou mette en dormance certaines de ses composantes. C'est l'application de l'impératif homéostatique qui impose à ses éléments constitutifs de se préserver et de subsister envers et contre tout. Antonio Damasio, «L'Ordre étrange des choses». C'est ce qui détermine son évolution, et en laissant des traces dans son génome, constitue son histoire. On pourrait croire qu'en faisant une lecture de cette histoire, on y découvrirait que la vie a un but. Mais c'est là une erreur de jugement, car ce qu'on y découvrirait ne pourrait être autre que l'histoire de l'environnement passé. C'est l'empreinte des événements ayant concouru aux transformations, aux adaptations auxquelles les systèmes se sont confrontés. La vie n'a donc pas de but ou d'objectif défini vers lequel évoluer. Bien au contraire elle vogue sans direction particulière emportée par le flot incessant des fluctuations environnementales. On ne saurait mieux se placer en porte à faux que de prétendre le contraire en vertu d'invraisemblables Vérités.

8.5 S'adapter pour survivre

Faisons une pause pour apprécier ce que les paléontologues disent à propos de l'histoire des hominidés depuis les préhumains jusqu'à l'homo sapiens et les conclusions auxquelles ils sont parvenus. Voici comment le paléontologue Yves Coppens décrit le processus dans ses mémoires, pp. 197-199 et 255.
Quant aux hominidés, ils n'ont évidemment pas fait exception puisqu'ils étaient partie intégrante des écosystèmes et se sont trouvés confrontés, comme leurs voisins les éléphants, les cochons ou les rhinocéros, à cette crise climatique qui découvrait le paysage et réduisait l'alimentation végétale. [...] Au alentours de 2 millions d'années (en fait, au moins 2,7), ce sont deux réponses à la crise que l'on constate dans la descendance (et l'adaptation) des préhumains précédents [...]. Le cerveau des zinjanthropes ou des paranthropes ne se développe que très peu alors que celui des préhumains, encore appelés australopithèques robustes, acquiert une taille massive et une denture à prémolaires et molaires énormes (et les superstructures du crâne qui vont avec) pour écraser et moudre graines, fruits à coques dures et végétaux fibreux qui restent de l'environnement précédent et qu'ils ne consommaient pas jusqu'ici. [...] Et on peut dire que la deuxième réponse (ce n'est ni un ordre hiérarchique ni chronologique!) a été une réponse «intellectuelle». Cette fois, la taille ne change guère, tandis que le cerveau se développe en volume et en complexité (plissement des lobes, irrigation), que la mâchoire s'équipe d'une denture d'omnivore qui ajoutera la viande à son menu végétarien résiduel et que les voies respiratoires supérieures se transforment pour mieux respirer en atmosphère sèche. Ces deux réponses sont évidemment d'intéressantes sélections naturelles et elles valent le changement de patte de l'équidé ou le développement de la molaire de l'éléphant. Mais il se trouve que le «choix» de l'homme va entraîner des conséquences inattendues, voire extravagantes! La poussée cérébrale va générer un nouveau niveau de conscience et cette conscience-là, pour la première fois, va créer la culture, la culture technique (les outils ou les armes), mais aussi les facettes intellectuelles, spirituelles, symboliques, esthétiques, éthiques de cette culture, qui, dans leur généreux développement, constitueront, au moins à terme, le propre de l'homme. Le changement des voies respiratoires va faire descendre le larynx, s'installer la caisse de résonance entre les cordes vocales et la bouche, tandis que le palais s'approfondit et que la symphyse (la partie antérieure de la mâchoire inférieure) s'amincit, libérant la langue et créant le langage articulé, la nouvelle respiration, facilitant la marche sur de longues distances et la course. En d'autres termes, c'est l'usage pirate d'une simple sélection naturelle destinée à inventer de nouvelles stratégies pour échapper aux prédateurs dans un paysage découvert, c'est l'usage tout aussi pirate du larynx, du pharynx, des régions gnathiques et celles du cerveau qui les gère, et c'est l'apport en protéines animales à cet encéphale qui devient exigeant, qui vont démarquer l'homme, par hasard, de ses compagnons vertébrés. Et, chez lui, le dialogue entre la main, la parole et la réflexion ne cessera désormais jamais plus, entraînant cette émergence bizarre d'une matière pensante, libre et responsable.

Cette broderie de la nature - qu'on appelle vicariance - autour du thème de l'adaptation au changement climatique est tout à fait exemplaire; son obsession est de sauver l'espèce, les espèces, la famille et de faire avec ce que l'on a (la petite valise génétique de base), en y ajoutant la sélection de quelques mutations nouvelles et en privilégiant une fonction locomotrice ou autre, un organe ou un autre. Le genre humain s'est ainsi distingué par sa «grosse tête» - simplement parce que son choix pour survivre a été de mieux réfléchir pour trouver des stratégies pour échapper, dans des terrains très découverts, aux prédateurs -, sa nouvelle denture et sa nouvelle respiration. C'est tout!


8.6 L'Équilibre

Le but de la vie étant de s'adapter aux conditions changeantes de l'environnement, il se réalise par le mécanisme de la reproduction. Tant que l'adaptation n'est pas réalisée, les individus inadaptés périssent et ceux qui présentent des variations favorables ont un meilleur taux de survie. Il en résulte des fluctuations de la population tantôt à la hausse, tantôt à la baisse. Lorsque l'adaptation est atteinte, la reproduction se doit d'être régulée par divers mécanismes. Que ce soit par la longévité, les accidents, l'état de santé, les valeurs culturelles, la population globale doit, tôt ou tard, se stabiliser en regard des ressources la soutenant. Autrement, une croissance sans fin cautionne sa propre perte par saturation et destruction de son environnement. Il doit toujours y avoir équilibre entre ressources, usagers et résorption des déchets sans quoi l'environnement perturbé exige de nouvelles adaptations contribuant à la régulation du système. C'est d'ailleurs ce que démontrent tous les modèles de simulation des systèmes complexes que ce soit en ce qui a trait à l'évolution des populations, des ressources, du climat ou autres variables Lambin, CIA, Meadows, Meadows, Laszlo, Laszlo, Bertalanffy. Dans un environnement stable, la société doit établir des mécanismes par lesquels la régulation de sa population et de son action environnementale la maintien en équilibre avec celui-là.

8.7 Hiérarchie

Considérant les impératifs de tout système, à savoir l'intégrité, la sécurité et la reproduction, sans lesquels nul système ne pourrait exister tant soi peu, ceux-ci ne sont pas sans rapports. L'intégrité assure la cohésion et l'unité du tout. Sans intégrité, aucun système ne saurait exister et la décomposition en est garantie. L'intégrité se pose alors comme fondamentale, la première, essentielle à l'identité et à la stabilité du système. Celle-ci repose sur des mécanismes qui en assurent la permanence grâce à des processus internes de contrôle et de régulation. Ensuite, lorsque l'intégrité est assurée, vient la sécurité. Celle-ci assure la protection du système contre les agents agresseurs externes. Elle est le prolongement de l'intégrité dans l'environnement du système. Lorsque ces deux conditions nécessaires à l'existence et à la vie durable sont présentes, la reproduction du système est possible. Elle ne se concrétisera que si l'intégrité et la sécurité sont garantes d'un minimum de permanence. Ainsi peut émerger un nouveau système qui acquiert avec le temps les caractéristiques originales du système reproducteur. En clair ces trois éléments reposent l'un sur l'autre. Ils sont comme un édifice dont la base est l'intégrité sur laquelle repose la sécurité le tout supportant l'étage supérieur de la reproduction.

8.8 En résumé

L'ordre et le désordre caractérisent les structures complexes qui se modifient par les incessants mouvements et changements des composantes ce qui en constitue la vie. Celle-ci évolue en fonction des contraintes environnementales ne lui donnant aucune orientation privilégiée autre que le maintien de l'intégrité, de la sécurité et de la reproduction efficiente laquelle régularise la population globale la maintenant à un niveau optimum compte tenu des ressources. La reproduction s'appuie sur la sécurité laquelle repose à son tour sur l'intégrité.

9. Le support

Il nous faut maintenant voir comment le développement du cerveau en vint à héberger des structures qui vont permettre la communication entre les individus et ainsi créer le langage. Celui-ci devient alors le support d'un réseau de connaissances universelles réparties dans le nuage de la multitude des cerveaux humains. Très rapidement ce langage se substituera à son objet et acquérant l'indépendance sera vu comme la source même de la connaissance. D'où l'errance des philosophies cherchant à comprendre le monde aliéné par les mots. La Vérité ressort toujours totalement déconnectée de la réalité.

9.1 Le neurone

Pour suivre le plan de l'évolution, sur le modèle de l'embryogenèse, nous concevons la production de groupes cellulaires qui se spécialisent selon le plan du code génétique. Dans l'application de ce plan apparaissent de temps à autre des mutations qui produisent de nouveaux groupes qui vont survivre s'ils apportent à l'hôte un avantage évolutif valable. Ainsi peut-on voir apparaître au niveau du cortex de nouveaux groupes de neurones. Les neurones ont la propriété plastique de se brancher les uns aux autres en fonction des excitations électrochimiques qu'ils reçoivent. En retour, ils génèrent selon des règles basées sur la pondération des signaux reçus, un signal destiné à la stimulation d'autres neurones. Les dendrites reçoivent les signaux de l'environnement proximal du neurone alors que le signal généré parcourt un cylindre-axe sur de grandes distances au bénéfice de zones éloignées. Les signaux produits sont brefs, répétitifs et durent de courts intervalles. Les liaisons entre les contacts ont la propriété de se maintenir de plus en plus fortement et longuement selon la fréquence et l'intensité des courants qui les parcourent. Après un certain temps, ces contacts deviennent quasi permanents et ne pourront possiblement se délier qu'après une longue période d'inactivité. Ainsi se construisent des zones complexes qui atteignent leur stabilité après un certain temps d'apprentissage à recevoir les signaux d'autres zones fonctionnant de façon semblable. De tels domaines ayant acquis la stabilité représentent des fonctionnalités bien définies dans l'ensemble global des interconnexions. Ainsi on compte une multitude de noyaux spécialisés qui se sont accumulés et reproduits de façon constante au fil des éons parce qu'étant utiles à leur propriétaires.

9.2 Le néocortex

Tout d'abord, nous devons considérer un premier ancêtre, un vertébré, un mammifère, pourvu d'une très petite tête dans laquelle se trouvait un tronc cérébral et un cervelet juchant la moelle épinière. À ce moment-là, ces structures supportaient les fonctions nécessaires à la survie en mémorisant dans un premier cortex primitif les fonctionnalités correspondantes. Cette structure devait supporter des comportements de survie simples, d'actions réactions sans moyens sophistiqués d'analyse heuristique, c'est-à-dire sans stratégies de décisions optionnelles. Au fil du temps, nous voyons ce cortex s'accroître en accompagnement de l'évolution et du développement de nouvelles facultés. Ainsi se développeront les structures à la base de l'esthétisme, du langage, du raisonnement et de la logique. Et en même temps le crâne prend de l'expansion pour accommoder le volume cérébral. Aujourd'hui, la surface du cortex représente des zones cartographiques bien définies lesquelles sont toutes reliées entre elles par des connexions dans le volume sous-jacent représenté par le thalamus. Comme il devint nécessaire que l'accroissement de la surface suive celui du volume global, cette surface s'est accrue par son plissement et le développement de multiples sinuosités donnant l'aspect actuel du cerveau. L'évolution a alors produit un système de zones de mémoires dédiées à des fonctionnalités spécifiques. À titre d'exemples, on connaît les zones sensorimotrices, les cortex visuels et auditifs pour lesquels il n'est pas nécessaire d'indiquer la fonction. Toutes ces zones sont interconnectées par des noyaux sous-jacents permettant l'analyse de situations complexes. De fil en aiguille, la croissance du cortex et la structuration de noyaux utiles à la survie de l'hôte se sont perpétuées parce que leurs propriétaires étaient ainsi de mieux en mieux adaptés par rapport à ceux qui ne les avaient pas produits. Des cerveaux capables de générer des raisonnements et des prises de décisions vont produire des êtres de plus en plus performants dans leur environnement physique et social.

9.3 La beauté

L'esthétisme, la beauté et la laideur, qui sont loin des raisonnements rationnels trouvent leurs fondements justement dans la constitution des premières couches du néocortex au moment ou il débutait son développement initial. En effet les premières situations environnementales avaient fixé par des réactions émotives les lieux communs les plus fréquents lesquels représentaient la sécurité et le bien-être des individus. Les prédateurs, maîtres de la nuit disposaient de sens mieux adaptés à l'environnement nocturne que l'humain. Alors qu'il était terrorisé durant la nuit, le lever du jour mettait fin à ce règne, annonçant chaleur, lumière et vie sociale sécurisante. L'eau source de vie et le feu source de chaleur et de lumière étaient essentiels à la survie. Ainsi leurs images omniprésentes et garantes de sécurité sont-elles devenues ainsi des représentants universels gravés dans ce néocortex naissant. Les premiers images et symboles qui nous sont parvenus couvrent la surface de grottes préhistoriques, l'art rupestre. La symbolique des cinq éléments que sont l'air, l'eau, le feu, la terre et le métal est bien connue et la beauté des formes géométriques simples semble naturelle. C'est pourquoi il est difficile de définir la beauté, la laideur, l'agréable et le désagréable dans les termes du langage, de la rationalité et de la logique. Le langage populaire affirme que les goûts ne sont pas à discuter. Ces propriétés sont, depuis longtemps, gravées profondément dans les circuits neuronaux du cortex cérébral parce qu'elles étaient étroitement associées aux stratégies de survie. La beauté, l'art et l'esthétisme ont des racines bien antérieures à l'apparition du langage et celui-ci ne peut bien que difficilement en établir des critères d'acceptabilité sociale.

9.4 Le son

L'oreille en tant que capteur des sons a sûrement joué un rôle prépondérant dans la sélection des individus, car elle permet à son porteur d'être averti de la présence de prédateur ou de situations dangereuses. Une paire d'oreilles chacune située de chaque côté de la tête aura permis l'orientation directionnelle en fonction de la source sonore conférant encore un avantage sélectif. Un environnement sonore complexe aura contribué subséquemment à l'apparition d'une oreille interne spécialisée dans l'analyse des fréquences. La structure de la cochlée admettant des ondes stationnaires bien définies a donné préséance à la détection de fréquences correspondant à la gamme chromatique. La musique, le chant, la parole, tous reposent sur l'analyse des sons en relation avec les zones auditives du cortex cérébral. Ces zones auditives mises en relation avec les zones visuelles et sensitives ont contribué aux réactions comportementales assurant toujours plus d'avantages sélectifs pour le porteur. Ainsi des mémoires auditives sont associées aux mémoires visuelles c'est-à-dire l'interconnection entre objets et mémoires son-image.

9.5 L'échange verbal

Il semble plausible que l'individu qui a développé un système complexe de survie dans son environnement à l'aide d'un cerveau évolué devait avoir une certaine conscience, des mémoires d'incidents passés, une capacité de faire des choix même minimaux. Individuellement capable d'agir sur son environnement en fonction de ses besoins il disposait des structures neurales propices à la communication, mais devait bien se sentir isolé par l'incapacité de communiquer ses visions aux autres. Tel individu avec ses semblables où il formait association, ne serait-ce que pour se reproduire, se nourrir et se protéger des autres prédateurs, n'aurait eu que des moyens simples pour échanger avec eux. S'il n'avait pas exploité les sons et les images, il ne serait pas là où il est parvenu. Il faut bien que les organes de la parole aient évolué en même temps que ceux de l'audition afin qu'un répertoire minimaliste de communications ait pu apparaître. Ainsi l'individu manifestant déjà une forme d'intelligence aura pu s'en servir collectivement à partir du moment où il a pu échanger avec ses semblables.

Avant l'apparition d'un langage minimal, on peut supposer que les individus qui vivaient en petits groupes disposaient d'un système de communications primitif. Par la gestuelle et les grognements, on pourrait considérer un système sémaphorique adjoint d'un répertoire de sons. Ces associations ont donné naissance à un premier langage permettant la véritable communication des images et sentiments ressentis face aux multiples situations vécues. Les structures neuronales qui supportaient cette activité sont devenues permanentes par la sélection des individus capables de les maintenir. Comme les oiseaux qui savent chanter sans avoir entendu auparavant, ces structures qui permettent le langage appartiennent à tous les humains, quelle que soit leur langue.

Le développement de la représentation du monde extérieur est un phénomène individuel reposant sur la structure biologique d'un individu autonome. Plusieurs individus dotés des mêmes mécanismes en arrivent à échanger et à standardiser leurs représentations internes par l'attribution de sons, gestes, ou autres attitudes externes communs aux mêmes objets ou situations. Les premiers sons générés auront servi de moyen de défense et d'avertissement face à des prédateurs ou pour terroriser d'éventuelles sources de nourriture. On peut supposer que la détection des sons fut concomitante à la production des sons. Ainsi on entrevoit une chaîne où action et rétroaction entrent en jeu alimentant les mémoires son image et amplifiant la complexité des relations. Lorsque deux ou plusieurs individus se rencontrent et entrent dans tel circuit, ils partagent et mettent en jeu leurs répertoires personnels. Ceux qui ont pu normaliser et partager les mêmes associations images-sons ont pu dominer les autres en acquérant un avantage collectif stratégique. La vision commune du monde extérieur se fonde alors sur la communication et le partage de schémas via l'intermédiaire de la parole.

Des séquences de sons associés à des images correspondant à des objets, des actions et des résultats ont construit les premières phrases. Ce faisant, un premier langage, moyen d'échange, a permis d'élaborer des stratégies avantageuses. La diversité des cultures a conduit divers groupes à produire diverses langues en élaborant au fil du temps les éléments grammaticaux et syntaxiques appropriés. C'est pourquoi les membres de groupes sociaux sont toujours en train de communiquer et d'échanger les fruits de leurs expériences individuelles. C'est ce qui a fait la force, l'expansion, le développement et la suprématie du groupe sur l'individuel. La société n'existe que par la communication entre ses membres.

9.6 La sémantique

Le langage repose sur l'adéquation entre des éléments bien particuliers du monde réel et la représentation interne qui en est faite. Chaque substantif ou verbe correspond ainsi à des particularismes déterminés, à des éléments finis du monde externe. Vu qu'une description exhaustive du monde réel nécessiterait une infinité de tels descripteurs, alors les mots vont prendre avec le temps une extension qui va au-delà de la relation originale objet-signifiant. Le mot gagne en extension, en recouvrant une agglomération d'objets partageant des caractéristiques communes, les verbes gagnent de même en étendue, les rapports entre les mots se multiplient et les significations se généralisent. Ainsi les phrases décrivent le monde externe à partir de relations construites dans le monde interne en utilisant des mots-images-signifiants. Tant et aussi longtemps qu'il y a correspondance biunivoque entre l'externe et l'interne la communication demeure intelligible. Lorsque les énoncés contiennent des éléments qui ne peuvent être liés entre eux selon les rapports qu'ils auraient dans le monde réel, ou qui n'ont pas de lien avec le monde réel alors ils décrivent un monde tronqué, inexistant ou imaginaire. La capacité de produire des énoncés et leur adéquation ou non au monde réel est sans rapport avec l'existence de ce qu'ils décrivent. La métaphysique considère les éléments du langage comme des objets ayant une existence en soi indépendamment de leur possible existence ou non dans le monde réel. C'est alors oublier l'origine des mots et leur usage.

9.7 La communication, le langage et la société

La vie par son mouvement incessant, évoluant sans cesse dans des milieux émergents, en s'y adaptant, a produit des structures de plus en plus complexes. Ceci étant un processus universel et général, il en est de même en ce qui concerne le développement de tout le système neuronal. L'apparition de zones diversifiées et spécialisées du néocortex, depuis un premier ancêtre, s’est multipliée de même que s'accomplissait en parallèle le développement des activités individuelles et communautaires. On peut imaginer les premières relations de communication par l'usage de gestes, de mimiques, de cris, de comportements ou de rituels. Ainsi se concrétisent les premières interactions inter individus mettant à profit les sons, les images et les actions. De là naissent les signifiants et leurs relations avec des séquences sonores. L'évolution sélectionnant les individus plus à même de moduler les sons et de les distinguer grâce à des cordes vocales plus performantes et une oreille adaptée, favorise l'apparition d'un premier langage aussi simple puisse-il être. Dès son apparition, le langage n'a pu que suivre un parcours exponentiel, se collant d'abord sur l'expression des nécessités quotidiennes. Par les interactions et rétroactions entre les individus communiquant et échangeant de plus en plus fréquemment s'est développée une dépendance jetant les bases d'une communauté unie par la communication langagière. Ses membres en sont devenus dépendants dans leurs interactions remplaçant progressivement sans les abandonner totalement les premiers moyens d'échanges. Encore aujourd'hui on parle avec nos mains et accompagne notre discours de mimiques du visage. En rapport avec les nécessités de la survie, le premier groupe d'individus ayant concrétisé un tel milieu n'a pu que supplanter tous les autres par l'efficacité du nouveau moyen. Il est devenu de plus en plus performant et a ainsi assuré sa survie et sa pérennité pour les millénaires à venir. Ultérieurement, tous les groupes Homo disposeront du langage et par leur fractionnement et isolement développeront des langues diverses. Ainsi surgiront les nouveaux mots, les phrases et les concepts contribuant à l'accélération de la domination de l'Homo sur son environnement. Par la suite, des concepts apparaîtront, délaissant leur relation intime avec le monde réel produisant ainsi des constructions imaginaires.

9.8 Logique, raison et créativité

Dès sa naissance, le nouveau-né entre en contact avec le monde. Son cerveau dispose des structures et interfaces pour l'appréhender. Il a tout à connaître et à apprendre afin de s'y intégrer le plus harmonieusement possible, ainsi en dépend sa survie. Il débute cet apprentissage par les premiers contacts avec la mère où il constate le goût du lait maternel, la chaleur de son sein, la douceur de sa peau et les caresses sécurisantes. Peu après il ouvre les yeux et les oreilles pour que son cortex cérébral recueille les premiers images et sons qu'il associera avec les autres sensations venues des autres sens. La répétition des mêmes situations établit les fondements des premières mémoires. Les structures internes, génétiquement déterminées, découperont ces images en multiples composantes, ses propriétés fondamentales, qui seront associées entre elles de diverses façons afin de reconstruire ces images en temps opportun. Ainsi vont se peupler les composantes issues de la reconnaissance des lignes de découpe des visages, des couleurs, des odeurs, des mouvements du corps et autres signaux corporels. L'enfant se relevant pour défier la gravité et acquérir la liberté des mouvements construit des références spatiales et apprend le mouvement juste et ainsi le sens de la géométrie. Plus tard ce seront les notions de couleur, de volume et il atteindra ensuite la troisième dimension. Moyennant tous ces processus, il construit des images de l'environnement qui l'affecte et y associe des réactions appropriées à sa survie. Il bouge, court, crie, pleure, rit, montre des émotions, ressent la douleur et le plaisir. Il a ainsi bâti un système adapté assurant sa survie, son intégrité et sa sécurité.

Plus particulièrement dans ce processus, on doit considérer l'interaction entre semblables ce qui crée des canaux de communications et de rétroaction bidirectionnels entre deux systèmes aux fonctionnalités identiques. La voix et l'audition vont alors se développer en association avec les interactions entre le monde externe et les images correspondantes, ce faisant, réalisant un transfert d'informations structurantes. Ainsi le cortex auditif réalisera une banque de mots, chacun associé avec des images, liant des catégories de mots entre eux, et plus encore, entre catégories entre elles, pour aboutir finalement aux phrases simples associées à des scénarios d'actions se déroulant tant dans le monde externe qu’entre ses images mémorisées. Sous l'influence du langage qu'il apprend, se construisent alors les structures syntaxiques lesquelles véhiculent implicitement les notions de logique. Cette logique contrôlera l'évocation des images et leur représentation tant verbale qu'écrite. Et y faisant suite, ces évocations seront représentatives de la réalité externe et permettront de la comprendre et la contrôler. La complexité du langage résulte de l'accumulation de ces confrontations entre l'évocation et la réalité, ajoutant constamment au thésaurus de connaissance non seulement d'un individu, mais de la communauté qui partage le même langage définissant ce qui est convenu de nommer le rationnel.

Le flux d'images qui ne cesse jamais d'apparaître à la conscience est constamment sous le contrôle de la logique linguistique. Un mot recouvre ordinairement plus d'une catégorie d'images et une phrase qui associe plusieurs de ces mots selon de multiples règles a la propriété de pouvoir engendrer un nombre incalculable d'images elles-mêmes interreliées en fonction des expériences de vie antérieures. C'est ce qui autorise la créativité et une potentialité quasi infinie de mises en situations à présenter à la conscience. Le soi choisit les séquences ou associations qui ont une plus grande prévalence, quant à l'usage, quant à l'importance des émotions qui y sont associées. Ainsi apparaissent des hypothèses, des scénarios, le théâtre, la musique et tout ce à quoi tout un chacun s'intéresse. La communication de ces nouveaux objets de connaissance aux autres membres de la communauté enrichit la culture globale de la société.

Cet enrichissement où de nouvelles connaissances et de nouveaux objets apparaissent, qu'ils soient technologiques, littéraires ou artistiques n'est en rien une création pure. La créativité est totalement étrangère au sens de génération spontanée. Comme le disaient Lucrèce et bien d'autres par la suite, «Rien ne naît de rien», «Rien ne se perd, ni rien ne se crée». Ce qui nous apparaît comme une création n'est rien d'autre que la découverte, la reconnaissance de ce qui existe déjà, mais qui était jusqu'alors inconnu ou ignoré. La créativité n'est que l'expression de la sélection de stratégies optimisant l'équilibre du système avec son l'environnement.

9.9 La véracité

Bien qu'utilisant le langage et ses termes sémantiques, la Vérité se place en marge du circuit de la connaissance du monde externe. Elle est un acte de créativité qui se situe au même niveau que la production littéraire ou théâtrale, amusante, comique, tragique, dramatique, etc. dont le but est de plaire, faire réfléchir ou divertir. Analyser le langage et ses termes pour lui faire dire autre chose que ce qui l'a amené à être, c'est le dévoyer et pervertir les processus qui maintiennent son intégrité, car ceux-ci reposent intrinsèquement sur le monde externe. Définir ou prononcer un mot avec quelque intention que ce soit n'a aucune incidence sur le monde externe. La réalité suit le chemin inverse, car le monde externe est appréhendé via les cinq sens associant des images-sons-signifiants-actions-réactions avec des mémoires neuronales, lesquelles seront structurées afin d'enrichir le langage qui y correspond. Vouloir comprendre ou redéfinir le monde à partir de schémas internes incohérents avec la réalité ne peut que conduire à des utopies. Il faut se rappeler que les sons, le langage, la communication ne servent qu'à partager entre personnes des représentations réelles du monde extérieur. Ils deviennent dans le domaine social le véhicule de transmission du savoir.

9.10 En résumé

Les neurones par leur plasticité réalisent des zones ou noyaux aux fonctions spécialisées. Avec le temps le nombre croissant de tels noyaux et zones a accru le cortex cérébral dont on reconnaît de multiples domaines spécialisés. L'interconnection entre tous ceux-ci réalise des états de perception tel que l'esthétisme, la musicalité, la voix, les conversations, les souvenirs, la logique et la pensée rationnelle. C'est en construisant à partir de ceux-la que s'élabore la communication langagière et ses règles unissant en cela les membres d'une société de la connaissance bâtie en rapport avec son environnement.

10. La connaissance

Sans présumer d'aucune façon dont le cerveau traite les signaux qu'il reçoit, on peut concevoir rationnellement des événements, des méthodes et des processus analytiques qui doivent exister en toute logique afin d'organiser et structurer les actions essentielles en réponse aux défis constants que pose l'environnement. Assurer l'intégrité, la sécurité et la reproduction de la structure dont il est partie intégrante est le minimum vital pour lequel la connaissance doit son existence. On distingue la connaissance juste et réaliste du monde extérieur, mais aussi des prolongements erronés et sans fondement telles que la Vérité.

Nous voici donc rendus à un point tournant de notre enquête sur la Vérité. Connaissant tous les tenants et aboutissants qui ont contribué d'une manière ou d'une autre à sa production et à son maintien, il nous faut examiner la manière et les processus qui interviennent dans la production de la connaissance. Il faut donc chercher à savoir comment un système produit de la connaissance, comment il l'utilise pour modifier le cours de sa vie, comment il l'acquiert, comment elle s'enrichit, comment elle est utilisée, comment elle dirige la personne. Nous brosserons ici un tableau des probables processus qui président à la construction du savoir. Ainsi on comprendra comment et pourquoi apparaît la fausse connaissance, comment la réalité est travestie sous le maquillage de la Vérité.

10.1 Le monde

C'est une évidence que l'environnement est en perpétuel mouvement. Il affecte les systèmes qui y évoluent et ceux-ci doivent constamment s'ajuster aux variations qui le stressent. En réaction, afin de prendre une quelconque décision, tout système doit maintenir une description des divers états qu'il perçoit de son environnement. Ainsi, il doit avoir pris une copie de l'état de cet environnement à un moment antérieur et l'avoir placé en mémoire. De même, toute action prise par le système en guise de réaction à un événement doit, elle aussi, être mémorisée et de plus associée à la mémoire correspondante de cet environnement pour lequel l'action a été prise. Toute décision se fonde nécessairement sur une comparaison entre un état présent et une ou plusieurs mémoires d'états antérieurs incluant les actions associées à ces états mémorisés. D'autre part, toute action ou réaction de la part du système modifie l'environnement. L'association de cette modification avec l'action causante permet au système de déterminer l'à-propos et la valeur de l'action lesquels sont aussi mémorisés. Ce jeu dynamique d'action, rétroaction, évaluation, capturant sans cesse en mémoire les états du système et de l'environnement, marque ceux-ci comme négatifs ou positifs, selon qu'ils ont eu comme conséquence de déstabiliser le système ou à l'inverse, lui ont été favorables c'est-à-dire ont contribué à ses besoins fondamentaux. Ces mécanismes sont particulièrement évidents chez le nouveau-né qui doit structurer ses connexions neurales établissant ses compétences à marcher, à parler, à reconnaître son environnement, puis jusqu'à l'adolescence à se socialiser et intégrer les outils nécessaires à sa survie dans le monde adulte.

10.2 Le soi

La structure interne de tout système, par ses moyens d'actions et de communications, supporte les fonctionnalités qui lui sont nécessaires pour interagir avec le monde extérieur. Contrairement au monde externe qui est dynamique et changeant, le monde interne, c'est-à-dire la machinerie et ses fonctionnalités constituant l'être, est régulé afin qu'il demeure stable et on ne peut plus identique à lui-même dans le temps. Cette stabilité, le bon fonctionnement de ces mécanismes internes, leur fiabilité et leur constance sont nécessaires afin d'assurer l'intégrité et la permanence globale du système, c'est-à-dire un état de santé qui doit demeurer impeccable. Pour arriver à cette fin, il est nécessaire qu'il y ait supervision constante des états et des fonctions de ce milieu interne. Cela ne peut se faire que s’il y a une cartographie, un plan global du système et que ses états sont mémorisés à tout moment. Vu que cette structure est stable et durable, seules les différences par rapport à l'état normal deviennent utiles aux contrôles internes où toute déviation ou différence détectée entraîne des réactions correctrices. La mémoire représentative de cet état global, durable, constitue alors une image fixe du système comme tel par rapport aux autres mémoires dynamiques qui elles, sont représentatives du monde externe. Cette dichotomie rend possible pour un système de distinguer clairement les composantes internes constituant le système en propre d'une part, et d'autre part, ce qui représente l'environnement externe et les actions exécutées envers cet environnement. Ainsi naît naturellement le soi par cette ségrégation entre ces deux mondes.

10.3 La conscience

Cette ségrégation va permettre au soi de se percevoir comme protagoniste dans la représentation du monde extérieur. La confrontation du soi réel et de sa représentation dans l'image du monde extérieur, quelques instants plus tard donne lieu à un processus dynamique répétitif qui constitue la conscience. Le même processus dynamique de différenciation-comparaison entre la représentation du moment présent et les dernières mémoires des instants précédents donnent lieu à la conscience du monde externe. Cette perception continue, ce va-et-vient entre les deux soi, de même qu'entre les dernières images du monde extérieur fait vivre la conscience de ces objets. Il y a conscience autant du soi que du monde externe par la dichotomie qui les définit. Elle s'exerce de même, autant sur les moments du présent que sur toutes les mémoires du passé. Ainsi on peut revivre le passé au présent.

10.4 L'espace

La confrontation des mémoires de l'environnement avec l'identification des divers états, positions et situations du soi externe en tenant compte des mémoires des signaux générés par le soi interne pour les réaliser va construire la notion d'espace. Ainsi apparaissent les lignes, les surfaces, les volumes, les couleurs où le soi externe bouge en relation avec le soi interne de façon cohérente. Le soi en tant que personnage perçu comme composante du monde extérieur, est un objet bien distinct de tous les autres objets du monde externe, il devient le chef d'orchestre qui dirige l'ensemble des mouvements dans le monde réel. Ainsi le soi apprend à bouger et à coordonner ses activités dans l'espace, dans le monde réel.

10.5 Le temps

Le temps physiologique ne peut se construire qu'en utilisant le processus dynamique présidant à la construction de la conscience comme horloge de référence. La conscience en tant que processus dynamique est unique et ne s'exerce que sur une situation à la fois. Bien que les processus neuronaux impliqués soient multiples et exécutent des actions en parallèle, les résultats de ceux-ci sont tous présentés en simultané à la conscience. Ainsi on peut dire que la conscience balaye les mémoires une après l'autre, ce qu'elle fait séquentiellement et ainsi se défini le sens du temps. Évoluant dans l'espace des mémoires spatiales elle construit le temps et marque les événements selon leur ordre d'apparition. Ainsi naît la notion de temps pour le soi interne, laquelle est soumise au temps physiologique de l'activité neuronale.

10.6 Le mouvement

L'espace et le temps étant construits, les objets occupent des positions dans un référentiel temporel ce qui permet de construire le mouvement, c'est-à-dire la conscience des positions successives dans l'espace et le temps. L'ubiquité n'étant pas une caractéristique du monde physique, ce mouvement nécessairement séquentiel établit un lien entre les divers états d'un objet donné. Ainsi naissent le passé, le présent et le futur comme la conscience d'un état particulier, à un moment donné, se situant nécessairement dans une suite temporelle de moments. Selon l'ordre d'apparition, tout événement possède un précédent et un subséquent et la conscience ainsi construit le mouvement et l'animation des objets. En tant que construction représentative de la réalité, le parcours de ces états mémorisés peut se faire dans un sens ou l'autre. Ce mouvement permet alors de revivre mentalement le passé et de construire le futur.

10.7 Les émotions

Les actions que le soi peut envisager résultent de l'analyse, de la comparaison, de la confrontation des multiples mémoires représentant des événements antérieurs où il est un protagoniste, situations qui lui sont intimement associées, tous des événements qui l'ont affecté profondément. Ces événements ont produit les émotions, des réactions physiologiques intenses qui sont soit bénéfiques soit problématiques pour le soi. Elles résultent d'oppositions ou dissonances conduisant à des actions conflictuelles pour le soi ou à l'inverse à la recherche et la reproduction de telles actions. Ces émotions sont qualifiées de façon plus ou moins importante par des liens spécifiques entre les mémoires en cause. Elles interviennent de façon importante dans la prise de décision et la construction du futur. Voici ce que Antonio Damasio, éminent neurologue à l'avant-garde de la recherche sur les émotions, écrit dans "The feeling of what happens". Traduction libre.
«Tout comme l'émotion, la conscience est orientée vers la survie de l'organisme et tout comme l'émotion, la conscience prend ses racines dans la représentation du corps; p.37»

«L'émotion est partie intégrale du processus de raisonnement et de la prise de décision; p.41»

«Le terme de sentiment devrait être réservé à l'expérience mentale et privée de l'émotion alors que le terme d'émotion devrait être utilisé pour désigner l'ensemble des réactions qui peuvent être observées publiquement; p.42»

«Les émotions sont des processus biologiquement déterminés et dépendant de structures particulières du cerveau, innées, mises en place lors de la longue histoire de son évolution; p.51»

«La première fonction de l'émotion est d'induire une réaction spécifique à la situation qui l'induit [...] et en second, de régulariser les états internes de l'organisme de telle sorte qu'il soit préparé pour telle réaction spécifique; p.53-54»

«Les émotions en tout genre aident à tisser un lien entre la régulation homéostatique et les valeurs de survie en rapport à tous les événements et objets de notre expérience autobiographique; p.54»

«Virtuellement, toute image, réellement perçue ou remémorée, est accompagnée de réactions appartenant au répertoire des émotions; p.58»


10.8 Le futur

Le futur se construit à partir des mémoires en usant de la similarité existant entre des événements antérieurement mémorisés, favorisant ceux qui ont le moins de différence ou plus d'affinité par rapport au moment présent. Certaines mémoires sont plus importantes que d'autres selon qu'elles sont liées à des états émotionnels importants. La sélection des mémoires dépend de leur contenu émotionnel et de leur réutilisation plus ou moins importante par le passé. Ainsi se tisse par l'entremise de processus heuristiques, des propositions susceptibles de répondre aux besoins fondamentaux du système. Les processus dynamiques et continus d'analyse et de sélection constituent ce qui est convenu d'appeler la connaissance et l'intelligence du système lesquels construisent le futur envers lequel le soi engage les actions sur le monde externe.

10.9 La conscience de soi

La conscience du monde externe se réalise par l'inspection des mémoires, par ce processus dynamique et sans cesse répété de différenciation. Parce que le monde extérieur est toujours changeant, il y a toujours une différence entre deux perceptions successives et donc un résidu à présenter au soi. Mais lorsque ce processus est tourné vers le soi au lieu du monde externe, il ne peut résulter aucun résidu, car le soi est une construction dont la propriété fondamentale est la stabilité et la permanence. Alors la conscience tourne à vide, elle n'a rien où ne se fixer, aucun point d'ancrage sur elle-même. Il en résulte l'impression d'essayer de cerner, de toucher une ombre sans cesse fuyante. Le soi ne peut se percevoir, il ne peut que percevoir le monde externe dont sa propre représentation dans celui-là. La mémoire, le soi, la conscience, la connaissance, l'analyse sont des processus dynamiques sans cesse en activité. Ils sont consacrés à la conservation du système et à la permanence de ses fonctionnalités c'est-à-dire son homéostasie. Ainsi s'assurent les trois nécessités de la vie de tout système: intégrité, sécurité et reproduction.

10.10 L'information

Toutes les mémoires et la complexité des liens qui les interrelient s'accumulent tout au long de la vie du système. Elles lui servent à améliorer ses performances, son efficacité et son efficience. Au début de son existence, les choix et décisions qui sont faits sont simples et parfois aléatoires. Plus tard, au faîte de sa vie, ce système d'analyse et de décision est devenu de plus en plus riche, complexe et efficace. Puisque toute analyse se trouve nécessairement limitée à l'ensemble des mémoires disponibles, c'est-à-dire à l'expérience plus ou moins riche et diversifiée du vécu du système, jamais il ne sera possible de déborder le thésaurus ainsi acquis. Étant donné que celui-ci a été bâti expressément via ses interactions avec le monde extérieur, il y sera toujours compatible et cohérent au regard de toute situation ultérieure. Il ne pourra jamais y avoir de dissonances entre le réel et ses représentations internes. L'analyse des mémoires événementielles permet d'isoler des situations particulières et de produire des concepts communs à plusieurs événements vécus par le système. Ainsi le thésaurus s'enrichit de nouvelles règles et concepts qui vont guider le système dans de subséquentes analyses. Toutefois ces règles, concepts et idées, issus et construits à partir d'un ensemble restreint de cas ne peuvent pas être généralisées globalement et appliquées au monde réel sans y associer un certain niveau d'incertitude. Seule la confrontation avec des cas concrets peut les valider et autrement les réduire à néant. La validation de nouvelles règles par rapport au thésaurus informationnel accumulé les qualifiera de vraies alors que dans le cas contraire, elles seront fausses ou invérifiables.

10.11 Les limites

Ici nous retenons que toutes les informations que recèle un système sont liées entre elles selon une séquence temporelle suivant en cela le vécu du système, son histoire propre. En dernier ressort, l'analyse consiste au niveau le plus simple à examiner des séquences temporelles de mémoires. Ainsi ce mouvement d'analyse associe toujours à toute expérience un moment précédent et un moment subséquent. La liaison entre toutes les mémoires impliquées constitue une chaîne temporelle. Nécessairement les chaînes constituant divers événements doivent être bornées par un événement initial et un événement terminal. Et il en est de même pour toute chaîne, quelle qu'elle soit. Il s'en suit que le concept de début et de fin est inhérent au processus de création de la connaissance c'est-à-dire à l'établissement de chaînes événementielles, une propriété de tout système quel qu'il soit. Il est donc impossible pour les mécanismes d'analyses d'aller au-delà de ces bornes, de ces limites. Il est bien possible d'allonger la séquence en ajoutant de nouvelles limites, mais la séquence demeure toujours bornée. La production d'informations qui franchissent ces limites intrinsèques est alors entachée d'incertitude et potentiellement incohérente. Ainsi les notions de temps et d'espace qui peuvent conceptuellement être sans bornes, infinies et illimitées, ne sont pas transposables aux événements imbriqués dans des chaînes événementielles bornées et limitées.

Ainsi sont invalides et pure déraison les créations philosophiques telles que les essences, les idées nécessaires en soi, la perfection, les idées vraies par le seul fait qu'elles sont conceptualisées, tous les raisonnements douteux qui ont fondé les théologies, car tous débordent et excluent le cadre des processus naturels de la connaissance.

10.12 L'infini

Bien que l'on puisse imaginer l'infinité ou la finitude d'éléments d'un ensemble, et même d'ensembles, le concept de début-fin est incohérent et inapplicable vis-à-vis d'une chaîne infinie, il ne peut s'appliquer qu'à ses segments. Inversement, le concept d'infini est incohérent et inapplicable vis-à-vis de segments, il ne peut concerner que leur nombre illimité. Il est impossible pour un système de se représenter l'infini, car il opère fondamentalement selon des séquences finies. Pour cela il lui faudrait une structure de mémoire de dimension infinie pour les représenter. La notion d'infini est par conséquent inconcevable par un système fini, car non modélisable. Ainsi en va-t-il des concepts magnifiés au-delà de leurs bornes, de leur finitude, car ils débordent leur domaine d'applicabilité.

L'illustration la plus simple est le nombre irrationnel qui possède un nombre infini de décimales lesquelles ne se répètent pas de façon cyclique. La représentation d'un tel nombre est toujours limitée à un nombre fini de décimales, quel qu'il soit. Le sens de l'infini repose sur le processus constant et interminable d'une représentation sans cesse de plus en plus précise, mais inatteignable, jamais terminée, une idée. Le nombre pi, le rapport du diamètre d'un cercle à sa circonférence est un classique.

De même les notions de perfection, du plus grand Bien ou du plus grand Mal, d'idéal, sont inconcevables et ne sauraient jamais représenter la réalité.

10.13 En résumé

Percevoir est un processus dynamique incessant d'analyse des stimulus en rapport avec des états vécus antérieurement. Ces processus, réalisant la distinction du soi par rapport à son environnement ainsi que la ségrégation temporelle des états environnementaux, créent la conscience. La même perception séquentielle des événements va créer l'espace, le temps et le mouvement autorisant le soi à interagir avec l'environnement. Les émotions qui l'accompagne scellent les mémoires et les actions entreprises. Le futur se construit sur la projection et l'extension de la continuité d'actions antérieures les plus en rapport avec la situation présente et les actions du soi. La conscience du soi est impossible étant donné son invariabilité. L'information apparaît grâce à des structures définies et autonomes de connections entre mémoires définissant les concepts ou idées. Les connections construite autrement que par l'interaction avec l'environnement sont entachées d'incertitude. Les connections sont en nombre fini ce qui implique la limitation des représentations possibles. S'en suivent les notions de finitude et de bornes infranchissables.

11. L'échec de la Vérité

Il ne fait aucun doute maintenant que la recherche de la Vérité est une utopie qui condamne à l'errance sans fin. Il n'est possible de s'en sortir qu'en comprenant qu'il faut absolument s'abstenir de la rechercher. En fait la Vérité est un oxymore, une impasse, une rue sans issue, un projet qui ne mène à rien, un pur échec.

11.1 Un oxymore

S'interroger à savoir si l'univers est fini ou borné conduit à une suite sans fin de contradictions. S'il est borné, qu'y a-t-il au-delà qui n’est pas partie de l'univers lui-même, un non-sens. Et s'il est infini, il m'est impossible de me l'imaginer, car toute image est bornée et ne peut contenir l'infini. De même, s'interroger sur le comment ou le quand il aurait débuté est aussi un non sens. S'interroger identiquement à propos de l'existence des choses, à savoir si elles sont limitées ou éternelles ne conduit à aucune réponse. La représentation de séquences finies et bornées ne peut inclure l'éternel qui nécessite une infinité d'éléments où il n'y a ni début ni fin. Dans un monde fini, il a toujours une borne, un avant et un après, où tout événement a un précédent et un suivant. L'éternel conduit à une chaîne infinie impossible à modéliser pour un système fini. Comme on le voit, ce genre de question induit une suite de questions contradictoires, c'est une sorte d'oxymore. Ce mot tire sa source du grec «oksumōron» signifiant «dont l’absurdité est flagrante». Cette figure de style consiste à réunir deux mots en apparence contradictoires. Ici la contradiction n'est pas évidente, et c'est pourquoi, depuis tant de temps, on cherche en vain la réponse par toutes les avenues possibles. C'est ce qui fait que personne n'a et ne pourra jamais trouver de réponse à ce type de question. Et persister dans cette voie sans issue justifie le titre de cet essai: «La question qui rend fou» et elle rend fou dans tous les sens du terme. Ainsi, dès que l'idée de la question apparaît à la conscience, déjà sa contradiction qui lui est simultanée est formulée. Il ne faut donc pas prêter attention à de telles idées, ne pas les entretenir et les laisser passer comme il est proposé lors de la méditation Zazen. Vu que l'on ne doit ni ne peut la formuler, il faut s'en abstenir et c'est ce qui nous la fait formuler autrement selon une sentence en latin «Se abstinere ab incongressibilise percontatio» c'est-à-dire s'abstenir de la question qu'on ne peut aborder.

11.2 Le questionnement

L'Homme qui s'interroge sur son sort, que peut-il découvrir? D'où vient-il? Y a-t-il une suite après sa mort? Qu'en est-il de ce monde où il vit? Comment répondre à ses angoisses? Y a-t-il une Vérité? Comme nous l'avons démontré, il n'y a pas de réponses possibles à ces questions. Et vu que la question ne peut être posée, en conséquence aucune réponse ne peut surgir. Et malgré tout, la tension et l'envie de la poser demeurent, le besoin intrinsèque de sécurité en est le grand responsable. Celui-ci est tellement fort que la déraison, pour se donner le droit d'inventer une réponse, discrédite le rationnel en déclarant toute sorte d'absurdités comme vraies et auxquelles il est de bon ton de croire.

11.3 Un non-sens

Comme nous venons de le voir, l'affirmation que constitue la Vérité est un non-sens par nature, par construction. Elle propose une solution incompatible avec la connaissance du monde réel, une affirmation, une prétention, jamais une hypothèse qui puisse faire l'objet de vérification, de confrontation avec le réel. C'est que l'homme placé devant son incapacité à résoudre le problème a fini par inventer une solution, la Vérité, qui bien sûr ne peut que conduire à des invraisemblances sans aucune affinité avec le monde réel. Devant l'adversité et sa faiblesse, l'homme s'est trouvé dans l'impossibilité de connaître sa Vérité, sa création, une perfection. En fait, dans un premier temps, il affirme l'incompréhensible et, pour le reste de son temps, il essaye de définir les propriétés de cet incompréhensible qui le dépasse. Ne pouvait-il être plus nul que cela? Sa Vérité parfaite nécessitait son adhésion sans condition, l'abandon de toutes les certitudes qu'il avait acquises au cours de son évolution. Parce que ne connaissant pas le fonctionnement de tout système fini, il ne put se rendre compte dans quelle impasse, dans quel cul-de-sac il se plaçait. La Vérité est un accident de parcours qui, aujourd'hui, devant la connaissance, n'a plus sa raison d'être.

11.4 La genèse de l'illusion

L'origine et la source de tout questionnement sont simplement le besoin de sécurité. Celui-ci est systématiquement recherché par tout organisme vivant, car il en tient de sa survie personnelle et de la propagation de son espèce. L'évolution a produit des êtres construits et structurés pour adopter des stratégies de survie les plus efficaces. C'est ainsi que sont apparues la connaissance et l'intelligence au service de la sécurité, de l'intégrité et de la reproduction, toujours améliorées et adaptées aux conditions changeantes de l'environnement.

Connaître est devenu un mécanisme de survie auquel nul ne peut échapper. L'homme découvre, perfectionne et crée de nouveaux moyens propres à combler ses besoins vitaux. Ce faisant il va au-delà de ces préoccupations et s'interroge de façon compulsive sur ce qu'il est, d'où il vient, pourquoi il vit et comment il terminera sa courte présence en ce monde. Et il ne peut échapper à ce processus naturel. En fait, la nature par l'évolution et l'adaptation a construit des organismes vivants munis de mécanismes émotionnels et de modélisation du monde externe lui permettant de survivre et de se reproduire de la façon la plus efficiente. La connaissance et l'intelligence faisant partie de ces adaptations ne sont pas une fonction exclusive du monde réel, mais une partie importante d'un monde virtuel, le monde social, un monde de conventions soit celui des mots et des signifiants. Or ce monde n'est pas soumis aux contraintes évolutives de l'environnement, il dispose d'autonomie et d'indépendance en propre. C'est ce qui explique que certaines activités intellectuelles sont totalement déconnectées de leur origine et de leur raison d'être les plaçant en discordance avec le monde réel. Bien que la connaissance soit un mécanisme parfaitement adapté à la survie, elle est totalement inappropriée en ce qui a trait aux questions fondamentales concernant l'homme. Parce que ce questionnement n'a pas lieu d'être et ne peut conduire vers une solution logique, et tant qu'une réponse n'apparaît pas, il ne peut en résulter qu'une soif inaltérable, une activité intellectuelle insatiable, une source de souffrance torturante.

Ceci explique pourquoi les religions et croyances sont prisées. Elles proposent, ad hoc, des solutions existentielles sorties de nulle part, sans aucun lien avec le monde réel. Conséquemment, elles ne peuvent survivre que si la raison est neutralisée et bloquée, et ce, de préférence avant que le cerveau n'acquière les processus liés à la connaissance. C'est donc d'une grande importance pour elles de conditionner l'enfant dès sa naissance. Ainsi on exploite les mécanismes naturels du cerveau pour parfaire sa structuration hors de l'utérus durant les premières années de vie. Cette façon de faire est plus efficace qu'un lavage de cerveau qui lui ne fait qu'une reprogrammation partielle et tardive des comportements déjà acquis. Ceci est chose aisée à exploiter, car l'enfant est déjà programmé par l'évolution pour copier et absorber sans condition les comportements de ses parents, un mécanisme de survie des plus efficaces. La connaissance étant ainsi bloquée, il ne se développe dans le cerveau de l'enfant et de l'adulte qu'il devient, que des processus de type behaviouriste. La religion relègue ainsi l'humain à sa condition préhumaine. Comme l'oiseau qui apprend son chant en écoutant les autres, il récite des prières et des invocations sans fin, comme d'autres, il parade, se prosterne, s'agenouille, fait acte de soumission, se complaît dans des rites, des pièces théâtrales qu'il répète sans fin. Tout convaincu qu'il est le parangon de l'existence humaine, il devient un prosélyte et conquérant, un robot destructeur d'humanité.

11.5 La morale n'existe plus

Le simplet qui constate que Dieu est un fantasme se croit tout d'un coup libre et libéré des injonctions qui contrôlaient sa vie. Il affirmera qu'ainsi il peut faire tout ce qu'il lui plaît. Mais la société n'est pas construite essentiellement sur les préceptes mystiques, elle dépend de valeurs sociales et culturelles imbriquées dans des lois civiles. La fin de la morale ne signifie en rien la fin des lois et obligations sociales. Les principes fondamentaux assurant l'intégrité, la sécurité et la reproduction de toute organisation demeurent toujours vrais et ils ont toujours préséance sans quoi l'organisation est vouée à la disparition prochaine.

La morale est au pouvoir religieux ce que l'éthique est au pouvoir civil. La morale consiste de l'ensemble des jugements et ordonnances issus des croyances religieuses affectant les comportements privés et sociaux. En fait ce sont des impératifs bien humains qui ont été détournés de leur source et enrobés dans des injonctions mythologiques. L'éthique retrouve les valeurs humaines en accord avec les règles qui assurent une société juste où tous jouissent également des mêmes privilèges et considérations. Ses fondements reposent sur des valeurs universelles indépendantes du temps, du lieu, de la société, de la culture.

L'exemple le plus simple est l'injonction de la morale religieuse «Tu ne tueras point». Elle n'est ordinairement bonne et appliquée qu'au groupe qui l'affirme et elle ne vaut pas pour les autres. Elle veut dire que tu ne tueras pas tes parents, tes frères et soeurs, ni tes enfants, ni également tes voisins. Ainsi elle n'a aucune valeur pour éliminer ceux qui ne croient ni n'acceptent les dictats du groupe. Elle n'a aucune valeur envers ceux qui apostasient ou qu'elle déclare criminels. Elle a encore moins de valeur envers les groupes étrangers pour leur déclarer la guerre, quelle qu'en soit la raison. C'est une injonction bien restreinte, sans aucune universalité, toute en particularités et accommodements au goût du jour.

11.6 L'éthique

En tant que valeur humaine, l'équivalent doit se retrouver dans une éthique universelle, pratique, applicable en tout temps, en tout lieu et pour tous également. Celle-ci devrait prendre appui sur ce qu'est la vie dans son sens le plus fondamental, car tous les individus ont la vie et ont pour mission de la propager. Cela se comprend simplement si l'on se réfère à la source, au germe qui en crée l'expression et qui conditionne tous les individus, le gène, le plan de construction et de fonctionnement de tout. Ainsi protéger et assurer l'expression génétique est la clef d'une telle définition.

Tel qu'on l'a déjà vu, la vie est parvenue au niveau actuel par les mécanismes de l'évolution génétique et de la sélection naturelle où l'individu jouissant de sa pleine liberté individuelle réalise les multiples possibilités que l'évolution lui apporte. Dans ce contexte, aucune politique ou idéologie ne doit avoir pour objet de favoriser, limiter ou orienter dans une direction ou une autre, d'interférer avec ces mécanismes fondamentaux essentiels à la survie des espèces. Telle éthique pourrait reposer sur l'affirmation:
«Les gènes sont les éléments fondamentaux de la vie assurant l'intégrité, la sécurité et la reproduction de leur porteur, lequel est libre d'en contrôler pour lui-même les aléas selon son bon vouloir, mais, pour ses semblables, ne peut en aucune façon les détruire, favoriser, contrôler, modifier ou encore en changer les conditions de la dissémination.»
Au Québec, l'humain vit en société sous la charte des droits et libertés de la personne laquelle stipule en l'article 9.1
«Les libertés et droits fondamentaux s’exercent dans le respect des valeurs démocratiques, de l’ordre public et du bien-être général des citoyens du Québec. La loi peut, à cet égard, en fixer la portée et en aménager l’exercice.»
Il s'en suit automatiquement le principe de réciprocité, la règle d'or universelle qui remonte à tout le moins à Conficius. Rodrigue Tremblay écrit:
«La première règle humaniste concerne la dignité humaine. C'est la plus importante, toutes les autres en découlent. Le respect de la dignité humaine est donc le principe fondamental qui devrait présider aux relations entre les individus et entre les nations. [...] Selon le principe fondamental de réciprocité, chacun de nous se doit de traiter les autres comme nous aimerions que les autres nous traitent. Le corollaire est aussi vrai: nous ne devrions pas traiter les autres d'une manière dont nous ne voudrions pas être traités par eux.»
On voit alors que le principe de réciprocité implique nécessairement que «les droits des uns s'arrêtent où commencent les droits des autres». Contrairement à la morale, une éthique rigoureuse ne peut s'appuyer que sur la réalité sensible et les valeurs humaines.

11.7 Surpopulation

Bien que tout individu soit organisé en fonction de sa reproduction laquelle permet à l'ensemble de la population de s'adapter aux environnements changeants et d'évoluer vers une stabilité et efficience maximale, il ne peut le faire inconsidérément. Une bactérie placée sur un milieu de culture dans une boîte de Pétri va se reproduire indéfiniment tant qu'elle n'aura pas utilisé toutes les ressources qui lui sont disponibles et tout particulièrement la surface disponible. Ainsi en est-il de l'humanité à la surface de la terre qui ne peut habiter que dans les espaces disponibles ou colonisables tant par la nécessité d'un espace de mobilité que d'un espace de production des ressources alimentaires et énergétiques. Ces espaces sont dépendants du climat qui malgré les fluctuations naturelles est éminemment sensible à l'activité humaine. Même si on imagine que l'ingéniosité humaine saurait s'y adapter, il est indéniable qu'il y a une limite infranchissable, limite qui dans l'état actuel de la connaissance nous est totalement inconnue. Quoi qu'il en soit, la finitude de la planète et le principe de précaution commande de réguler l'expansion de la population terrestre afin de conserver un équilibre entre la disponibilité des ressources et leur consommation. La société actuelle est fondée sur la croissance et son accélération ce qui conduit à une expansion inconsidérée, exponentielle, de toutes les variables. Ceci est évidemment impossible à maintenir indéfiniment et, à l'exemple de la boîte de Pétri, la stagnation et le bouleversement de la civilisation s'en suivra. Dès maintenant il faut mettre en place une vision d'avenir qui stabilise les populations, protège et valorise les ressources de la planète, afin d'atteindre l'équilibre assurant la pérennité de la civilisation.

11.8 En résumé

Interroger, comprendre, ou ce qui est la même chose, modéliser l'origine ou la démesure de toute chose est intrinsèquement impossible pour quelque personne ou système que ce soit. Aucune solution congruente n'étant possible, le postulat s'accapare le pouvoir d'une réponse. Usurpant ainsi la connaissance qu'il dévoie, il prend le contrôle des esprits sous le couvert d'une morale assouvissant les passions du pouvoir. Seule la gestion éthique des populations et des ressources, fondée sur la dignité humaine, est le gage d'une vie saine et heureuse pour tous.

12. Que faire?

Avant de conclure, il nous reste à revoir le chemin parcouru et orienter ceux qui auraient besoin d'interroger plus exhaustivement l'histoire.

12.1 En résumé

Nous avons débuté notre quête en découvrant la source de l'inquiétude profonde de l'homme et l'ayant explorée, vu comment il s'est apaisé par une affirmation salvatrice bien que totalement irrationnelle. Afin de comprendre le pourquoi et le comment de ce comportement, nous avons été conduits à explorer la nature profonde de celui qui se complaît d'un tel réconfort. Ainsi, nous avons vu comment la connaissance du monde s'intègre avec la construction de la personnalité et du soi intime, ce qui nous a permis de clarifier l'unicité de l'être humain par une définition de sa nature véritable. Reprenant notre parcours, nous avons suivi l'évolution historique de cette affirmation depuis son implantation dans des concepts des plus simples jusqu'aux théologies modernes abstruses, faisant en cela un phénomène universel. Ce faisant, nous avons constaté qu'à travers ce mouvement global, il y a toujours eu une part de refus et de négation de ces idées. S'appuyant ensuite sur les travaux modernes en recherche neurologique et psychologique, nous avons montré que tous les aspects de l'être mental ne sont que des processus neurologiques qui reposent sur l'ensemble des structures anatomiques et dépendent des actions et réactions de la personne dans son environnement. C'est ainsi que nous avons pu comprendre et définir les notions fondamentales de liberté et de libre arbitre puis considérer les éléments fondant l'univers moral en poursuivant l'analyse des notions de perfection, de Bien et de Mal. Nous avons été amenés à comprendre que le mouvement est le fondement de toute chose, et particulièrement la vie, et conséquemment d'en apprécier le sens en fonction de son évolution. Comme dernière étape nous avons intégré l'ensemble de ces faits pour brosser un tableau de la construction de l'univers mental c'est-à-dire la fabrication de la connaissance et de l'information. Nous avons finalement montré que parce que ce système est fini et borné, il ne peut conséquemment répondre adéquatement aux interrogations fondamentales de l'homme. Et ainsi on en est arrivé à comprendre l'impossibilité et la non-pertinence de s'interroger sur les notions de début et fin ainsi que de fini et d'infini. D'où l'impertinence de la Vérité que nous avons ainsi déconstruite impliquant la fausseté de tous les croyances et mythes, quels qu'ils soient. Pour terminer, nous avons considéré à nouveau tout l'ensemble du processus et insisté sur la source profonde de ce phénomène global lequel repose essentiellement sur la recherche de la sécurité. Puisque la morale est fondée sur la religion, évidemment mythique et discréditée, il nous est alors apparu qu'elle serait judicieusement remplacée par une éthique laïque, essentiellement fondée sur les valeurs humaines.

12.2 S'en sortir

Savoir pourquoi l'on se sent malade et connaître l'origine de ses souffrances permet d'appliquer les moyens de prévention, de guérison et l'évitement des sources de contamination. Et dans le cas présent, le remède est de s'abstenir et se tenir loin du sujet lorsqu'il se pointe. Avec sa Vérité, l'homme se donnait une base pour se gratifier d'une origine des plus noble, édifier un code de conduite en vue de se prolonger au-delà de sa mort. La Vérité étant déclarée obsolète et nulle, comment peut-il la remplacer?

En tout temps, La Vérité a été contestée par les penseurs et les philosophes qui en voyaient l'absurdité. Malheureusement la crédulité du nombre les éclipsa au profit des mystificateurs, des religions et des théocraties. Maintenant que ceux-ci sont discrédités et relégués aux accidents de l'histoire humaine restent les fruits de ces penseurs qui se sont appuyés sur le réel, le concret, sur la véritable nature de l'homme, sur ses besoins sociaux. Il faut donc redécouvrir, deux millénaires plus tard ces philosophes anciens et, depuis la renaissance, les modernes, et intégrer leur vision dans la société actuelle.

Tout d'abord, il est essentiel de démasquer les propagateurs d'absurdités, les terroristes de la pensée obscure percolant le tissu social, il faut aseptiser la raison infectée par les virus de l'ombre, une nécessité de tout moment. Déjà plusieurs combattent les relents de ces idées révolues par des projets éducatifs tel des bibliothèques, des camps d'été pour les enfants, des sites internet, des lieux de rencontres, etc. Le début de l'émancipation commence par des lectures salvatrices qui montrent concrètement l'ineptie des croyances, un chemin sûr que l'on élargira soi-même au fur et à mesure de sa progression personnelle. À la section suivante, on trouve la présentation de plusieurs livres écrits par des auteurs ayant pris conscience du mal, et faisant oeuvre altruiste, cherchent à aider leurs semblables à briser les chaînes de leur esclavage.

Afin d'assurer une base stable et pérenne de la société, il est essentiel que l'État assure la protection de ses membres par des lois justes et équitables rejetant et excluant de ses activités les «Vérités», idéologies et magistères issus des religions, sectes et autres organisations poursuivant des objectifs assimilables. L'État doit être Laïc et confiner les «Vérités» et leurs porte-paroles au domaine privé.

Tant que la Vérité infectera la place publique le combat quotidien contre les inepties même les plus anodines ne pourra s'arrêter. Comme des spores enkystées pouvant survivre à des conditions extrêmes, la Vérité peut se réanimer après de nombreuses années. À l'instar des maladies qu'on croyait éradiquées, lesquelles reviennent à l'occasion de voyages à l'étranger ou par les migrations incontrôlées, la Vérité peut fleurir à nouveau. La vigilance demeurera à jamais de tout instant même après que les conditions de son éradication aient été atteintes.

12.3 Conclusion

Nous concluons en affirmant sans retenue que les dieux, les croyances, les religions, les mythes et leurs assimilés sont tous des absurdités déconnectées de la réalité. Elles ont peut-être pu servir l'évolution de la société à certains moments de l'histoire, mais certainement, ce ne put-être qu'en tant qu'effet collatéral, et ce, avec moult dommages irréparables. Dans la société actuelle, technologiquement avancée, elles sont des anachronismes qui n'ont plus leur raison d'être. Non seulement sont-elles contre-productives et rétrogrades, elles sont une pure négation de l'humanité.

On prête beaucoup de crédit aux sagesses orientales. Certains auraient compris par le moyen de la méditation ce qu'ici on a démontré de façon rationnelle et scientifique. On retient de leur expérience des phrases abstruses véhiculées par le Zen japonais. Il s'agit de koans qui illustrent parfaitement notre propos, en voici trois :
«Lors d'un entretien entre le maître Zen et un moine cherchant le chemin de l'éveil, le maître, frappant ses deux paumes l'une contre l'autre, dit au moine: "Voici le bruit de deux mains qui se frappent, dis-moi quel est le bruit d'une seule main?" Le moine ahuri s'en retourne méditer une réponse.»

«Et un autre, lors de son entretien subséquent avec le maître, en quise de réponse, place sa tasse de thé sur sa tête, et court autour du local comme une poule sans tête.»

«De même, on vous avise que si jamais vous rencontrez le Bouddha, il faut le tuer.»
Aucune Vérité n'existe, quelle qu'elle soit et si elle se rencontre, elle ne peut être qu'une construction idéaliste au service d'un pouvoir obscur. Toute Vérité est un mensonge.

Ayant démontré l'ineptie de la Vérité, il s'en suit que les concepts de Déités et de systèmes religieux qui en découlent le sont tout autant. Non seulement que le fardeau de la preuve a toujours reposé sur celui qui affirmait l'existence de Dieu et qu'aucune preuve n'a jamais été produite autre que des affirmations gratuites ou des tautologies, maintenant on sait que l'idée même, en plus d'être irrationnelle, est fonctionnellement impossible. De la nature de la Vérité découle logiquement l'athéisme qui se définit comme:
«Le rejet formel et inconditionnel des Vérités, théismes et assimilés lesquels sont déclarés, de par leur nature ou propriétés, des absurdités incompatibles avec la réalité sensible.»
En cela l'athée devient anti-théiste, c'est-à-dire celui ou celle qui s'oppose à la croyance en l'existence de tout Dieu ou assimilé, ce qu'il ou elle considère comme dangereux, destructif ou encourageant les comportements néfastes.

Nous affirmons qu'il faut toujours s'abstenir des questions limites et absolues qui ne correspondent en rien aux mécanismes de la connaissance.

13. Épilogue

Le débat intemporel de la croyance aux dieux est celui de tous les êtres humains. Il a été et est toujours la cause des inimitiés entre individus et des guerres entre nations. Détenir la «Vérité» et conséquemment être le peuple Élu, le Roi, le partisan, défenseur d'une idéologie péremptoire justifie tous les combats, conquêtes et assujettissements possibles. Détenir la «Vérité» c'est ressentir le besoin philanthropique de sa lubie comme un geste d'Amour, une passion envahissante, un cadeau que nul ne peut se refuser. Bien peu sont ceux qui vont se détourner de la voie royale qui va les sauver de leur quotidien. Bien peu de même sont ceux qui vont résister aux conquérants sous leur insoutenable pression. L'Histoire n'est qu'un recueil de tragédies liées aux «Vérités».

La pensée logique et rationnelle conduit à la connaissance de la nature physique et biologique du monde laquelle se heurte à la vision magique et mystique prédominante. Ne se laissant connaître et étudier que par la méthode scientifique, la réalité évince progressivement la «Vérité» de la place publique et la relègue au domaine restreint et circonscrit de la liberté individuelle. La "«Vérité»-Amour" reçoit cette éviction comme un geste de haine et d'isolation, d'où le sentiment de frustration, de déchéance, du refus de l'autre et sa différence. Les ennemis ainsi nommés sont en guerre.

La société est animée par le monde des idées dont l'imputabilité repose sur les lois civiles et l'éthique. Formée d'une multitude d'individus chacun disposant de sa propre «Vérité», la société les regroupe dans des ensembles homogènes avec droits, avantages et responsabilités. La convergence de la pluralité des "associations-«Vérité»" conduit à leur opposition mutuelle réveillant ainsi l'histoire des tragédies de la «Vérité». L'État étant responsable de maintenir la société stable et pacifique ne peut endiguer ces conflits que par l'interdiction de l'exercice public des prescriptions requises par la «Vérité», activités qui entrent en conflit avec le droit commun. La laïcité de l'État est l'unique avenue garantissant à tous le droit et la liberté individuels. L'État est laïque; les personnes ne sont pas laïques, elles sont croyantes ou athées.

La meilleure chose à faire en cette vie, est de suivre le conseil de Jean Meslier :
Profitez donc sagement du temps en vivant bien et en jouissant sobrement, paisiblement et joyeusement, si vous pouvez, des biens de la vie et des fruits de vos travaux, car c'est là votre partage et le meilleur parti que vous puissiez prendre, puisque la mort, mettant fin à la vie, met également fin à toute connaissance et à tout sentiment de bien et de mal.
Et abstenez-vous de la question qui rend fou;

«Se abstinere ab incongressibilise percontatio».

14. Suggestions de lectures

À l'invite de Jean Soler: «Aux quelques-uns qui lisent encore et prennent le temps de réfléchir», il faut s'émanciper et se forger par des lectures choisies. Suit donc un bref aperçu du contenu de références bibliographies supportant cet essai.

14.1 Québécois

Dans «Croire en Dieu est désormais inutile», Marco DeRossi explore les courants religieux contemporains ainsi que plusieurs expressions et manifestations de diverses croyances. Il cherche ainsi à soulever les contradictions de certains centres religieux qui ne cessent de répandre leurs tentacules et de proclamer la suprématie de leur idéologie et de leur Dieu. Il vise à dissoudre la forte propension de plusieurs à s'abandonner trop facilement dans des certitudes acquises par la transmission de divers enseignements. Par la voie de la réflexion matérialiste, dialectique et argumentative, il permettra de combler un vide existentiel.

Dans «Heureux sans dieu», Normand Baillargeon et Daniel Baril permettent à quinze personnalités québécoises de témoigner de leur athéisme et de sortir du placard pour expliquer qu'on peut être heureux sans s'appuyer sur une foi religieuse, affirmer haut et fort qu'on peut le faire assurément sans dieu.

Dans «Québec athée», Claude M.J. Braun fait l'éloge de l'athéisme sans pourfendre les religions. Il entend démystifier l'athéisme en général, mais surtout l'athéisme québécois depuis les débuts de la colonie jusqu'à aujourd'hui. Il brosse le portrait d'une vingtaine de personnalités québécoises athées, il offre un véritable album de famille qui nous encourage à nous interroger sur nos croyances, notre culture et notre passé, mais surtout sur notre avenir.

Dans «La Mort», Richard Béliveau et Denis Gingras démystifient la vie. Ils en font un portrait entier, couvrant toutes les facettes tant biologiques, moléculaires, psychologiques que philosophiques. Ainsi ils permettent de comprendre ce qu'est la vie et la dégradation de tous les processus qui la soutiennent conduisant à son évanescence dans la mort.

Dans «La grande Illusion, comment la sélection naturelle a créé l'idée de Dieu, Daniel Baril propose d'expliquer le besoin, l'universalité et la persistance du religieux en recourant à la théorie de l'évolution. En se référant aux avantages adaptatifs liés à l'appartenance religieuse, à la morale sociale, au comportement ritualiste et à la croyance au surnaturel, il est conduit à considérer le religieux comme un phénomène dérivé des mécanismes cognitifs nécessaires à la vie sociale.

Dans «Le code pour une éthique globale», Rodrigue Tremblay propose un code universel de droits et responsabilités devant s'appliquer à tous les individus, qu'ils soient simples citoyens ou dirigeants de pays, de sociétés et d'organisations religieuses. Un tel code repose sur les principes de l'humanisme rationnel dans un monde caractérisé par un rétrécissement géographique et par une plus grande interdépendance politique et économique.

Dans «Le trust de la foi», Jean-Pierre Gosselin et Denis Monière exposent le rôle exact que jouent les sectes en ce qu'elles constituent un important allié du capitalisme en crise, en enseignant la passivité à leurs adhérents et en contribuant à désarticuler les conflits par leur vision idéaliste et fataliste de l'Histoire telle que les mouvements de Jésus, des enfants de Mo, de la conscience de Krishna, du Renouveau charismatique ou de la secte de Moon.

14.2 Francophone

Dans «La religion vue par un historien», Arnold J. Toynbee présente une analyse philosophique de l'histoire en portant son regard sur l'étude des religions. Il traite plus particulièrement de la religion dans le monde occidentalisé et de la grande révolution spirituelle du XVIIe siècle, réaction de l'Occident contre son héritage chrétien.

Dans «Choisir d'être humain», René Dubos s'efforce de placer l'homme dans son avenir. Refuser de se soumettre passivement aux influences de son milieu, tirer un enrichissement des difficultés qui stimulent imagination et facultés créatrices, c'est cela être humain.

Dans «Nouvelle histoire de l'Homme» Pascal Picq, paléoanthropologue, pose les jalons d'une nouvelle histoire de l'évolution, Grand Prix Moron de l'Académie française pour la défense d'une nouvelle éthique.

Dans «Dieu ne joue pas aux dés», Henri Laborit, avec la vision d'un biologiste, constatant que les systèmes vivants qui aboutissent au cerveau humain semblent un bourgeonnement très localisé dans le temps et l'espace, il explore la notion de niveaux d'organisation où entre l'infiniment petit et l'infiniment grand semble pointer le plus en plus complexe.

Dans «Impostures intellectuelles», Allan Sokal et Jean Bricmont dénoncent le relativisme postmoderne pour lequel l'objectivité est une simple convention sociale. Les auteurs montrent que, derrière un jargon imposant et une érudition scientifique apparente, le roi est nu.

Dans «La violence monothéiste», Jean Soler s'attache à étudier la violence qui est pratiquée pour des raisons religieuses. Il soutient que l'extrémisme qui se traduit sous nos yeux par des massacres collectifs est une tendance inhérente aux trois religions monothéistes qui trouve sa source dans l'idéologie biblique. Il nous fait faire un parcours de la pensée humaine de l'Antiquité à nos jours.

Dans «Qui est dieu?», Jean Soler met en lumière six contresens sur le dieu de la Bible, relate sa généalogie et explique pourquoi cette croyance peut porter plus que d'autres à l'extrémisme et à la violence, comme on l'a vu avec les Croisades, l'Inquisition ou les Guerres de religion, et comme on le voit de nos jours avec les conflits du Moyen-Orient.

Dans «La fable de Christ», titre original italien «La favola di Cristo», Luigi Cascioli fait une démonstration irréfutable de la non-existence de Jésus-Christ. Il analyse la protohistoire du christianisme et montre comment la bible a été construite, réécrite en trois versions, pour inventer et donner au peuple du désert une histoire et une nationalité glorieuses qu'il n'a jamais eues. Ce faisant il démontre que l'invention de Jésus est une construction qui s'appuie sur l'histoire, les exploits et un vol d'identité, ceux de Jean de Gamala, un terroriste essénien de l'époque.

Dans «Traité d'athéologie», Michel Onfray pourfend les trois théismes en ce qu'ils ont de plus morbide: haine de la vie, haine de la sexualité, des femmes et du plaisir, haine du féminin, haine des corps, des désirs, des pulsions, autant dire la vie crucifiée et le néant célébré. Il a écrit une trentaine de livres dans lesquels il formule un projet hédoniste, éthique, politique, érotique, pédagogique, épistémologique et esthétique.

Dans «Les sagesses antiques», Michel Onfray se consacre aux philosophes antiques écartés par le christianisme qui, valorisant le vainqueur idéaliste, a écarté de l'histoire l'opposant matérialiste.

Dans «De la nature ou De rerum natura», Lucrèce, poète latin du Ier siècle avant notre ère, vivant à une époque de violence et d'oppression, gardien essentiel de la doctrine d'Épicure, explore l'univers et le savoir grec et révèle les moyens d'un bonheur accessible à tous.

Dans «Cocktail toxique», Barbara Demeneix, biologiste et professeur au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, montre comment les perturbateurs endocriniens pourraient bien, dans un futur plus ou moins proche, être à l'origine d'une baisse globale des performances cognitives chez l'être humain.

Dans «Sapiens, Une brève histoire de l'humanité», première édition publiée en hébreu en 2011 puis traduite en une trentaine de langues, Yuval Noah Harari mêle l'Histoire à la Science pour remettre en cause tout ce que nous pensions savoir sur l'humanité. Il propose une démarche évolutive montrant comment notre espèce, l'Homo Sapiens, a réussi à dominer la planète, à créer les concepts de religion, de nation, de droits de l'homme, à dépendre de l'argent, des livres, des lois et plus encore.

Dans «Origines de l'homme, origines d'un homme, mémoires», Yves Coppens, au travers de ses propres mémoires, et à la lumière des découvertes les plus fondamentales qui ont rythmé sa vie, nous raconte les Mémoires de l'humanité. Il est le découvreur mondialement connu de nombreux fossiles humains célèbres, dont Lucy. Il est paléontologue, professeur au Muséum national d'histoire naturelle, professeur au Collège de France, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine.

Dans «La philosophie devenue folle, (Le genre, l'animal, la mort)», Jean-François Braunstein,a mené un travail considérable et novateur: il a lu ces nouveaux penseurs occidentaux aux philosophies saugrenues; il revient sur leurs idées, leurs contradictions, leur parcours personnel; il analyse, souligne, contredit, déconstruit. Il est professeur de philosophie contemporaine à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne où il y enseigne l'histoire des sciences ainsi que la philosophie de la médecine et l'éthique médicale.

Dans «Pour sauver la planète, sortez du capitalisme» Hervé Kempf, explique comment le capitalisme a changé de régime depuis les années 1980 et a réussi à imposer son modèle individualiste de comportement, marginalisant les logiques collectives. Pour en sortir, il faut prioritairement se défaire de ce conditionnement psychique. L'avenir n'est pas dans la technologie mais dans un nouvel agencement des relations sociales.

Dans «La Terre sur un fil», Éric Lambin met à notre portée une synthèse des données scientifiques récentes et des théories actuelles, avant de proposer une analyse originale et des solutions pour que la terre continue à avancer sur son fil.

Dans «Le monde en 2030 vu par la CIA» CIA, le NIC National Intelligence Council présente un rapport concernant l'état du monde en 2030.

14.3 Anglophone

L'autobiographie de Joseph McCabe, un moine qui, d'intelligence supérieure, a gravi les structures internes de l'église, en ayant constaté toute la corruption, a défroque et subséquemment consacré sa vie à débusquer toute la fourberie du système.

Dans «Pour en finir avec Dieu» titre original anglais «The God Delusion», Richard Dawkins y soutient qu'un créateur surnaturel n'existe pas et qualifie cette croyance en un dieu personnifié de délire qu'il définit comme une croyance fausse et persistante se maintenant face aux preuves qui la contredisent. Il rappelle que l'on n'a pas besoin de religion pour être moral et que les origines de la religion et de la moralité peuvent être expliquées de manière non religieuse.

Dans «Le Gène égoïste» titre original anglais «The Selfish Gene», Richard Dawkins crée l'expression «gène égoïste» pour décrire l'évolution et la sélection naturelle dépendantes, non pas de du porteur, la machine de survie, mais de son gouvernant, le gène. Ainsi les gènes commandent et le cerveau exécute, le gène commande à la machine de survie qui l'abrite, de faire ce quelle conçoit de mieux pour les garder tous les deux en vie. Il invente le concept de mème comme étant l'unité de l'évolution culturelle, par analogie avec le gène.

Dans «Dieu n'est pas grand» titre original anglais «God Is Not Great», Christopher Hitchens attaque la force maléfique de la religion dans le monde. Polémiste engagé, icône du mouvement athée, reconnu comme un intellectuel influent, il s'est décrit comme un anti-théiste, défenseur des idées des Lumières. Il dénonce le concept d'un dieu «entité suprême» comme une croyance totalitaire qui détruit la liberté et met en danger le monde.

Dans «La fin de la Foi» titre original anglais «The End of Faith», Sam Harris célèbre pour sa critique acerbe des religions et son scepticisme scientifique, milite pour la séparation de l'Église et de l'État, la liberté de religion, et la liberté de critiquer les religions. Il est une figure mondiale de l'athéisme militant et défenseur reconnu de la pensée scientifique.

Dans «The shaping of modern thought», l'historien Crane Brinton trace l'évolution de la pensée moderne, depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, à travers les diverses vues du monde en tant que réponses aux questions fondamentales que se pose l'homme.

Dans «Essays in freethinking», on retrouve une série d'essais écrits par Chapman Cohen, troisième président de la National Secular Society de Grande-Bretagne, lesquels concernent nombre de questions éthiques à propos de sujets de la vie de tous les jours.

Dans «The Open Society and Its Enemies : The Spell of Plato, vol. I» de Karl Popper, on trouve une réflexion intéressante sur la tolérance (chap. 7, note 4, p. 265).

Dans «General system theory», Ludvig von Bertalanffy, créateur de la théorie générale des systèmes, expose les lois qui peuvent s'appliquer communément à tout champ de la connaissance dans des disciplines aussi diverses que la biologie, l'économique, la psychologie et la démographie.

Dans «The systems view of the world» Ervin Laszlo applique la théorie des systèmes pour comprendre la complexité du monde dans lequel l'homme évolue.

Dans «Goals for mankind», Ervin Laszlo, nous confie que sans une révolution de la solidarité mondiale, l'humanité ne peut espérer rencontrer le défi de nourrir le monde, d'assurer la croissance de l'énergie, de la sécurité et des problèmes environnementaux avant qu'ils ne dégénèrent en catastrophes mettant en péril sinon conduisent ultérieurement à la destruction de la communauté humaine.

Dans «Thinking in Systems», Donella H. Meadows montre à l'aide de modèles mathématiques portés sur ordinateur les conséquences d'une croissance incontrôlée sur une planète de dimension finie. Avec plus de trente années de données supplémentaires accumulées, elle sonne l'alarme des effets dévastateurs de l'humanité sur le climat, la qualité de l'eau, les pêches, les forest et autres ressources en péril.

Dans «Thinking in Systems», Donella H. Meadows met à la portée de tous une vision de solution de problèmes de toute échelle, personnelle ou globale, qui s'affranchisse du monde des ordinateurs et des équations pour un monde tangible en montrant au lecteur comment développer la pensée système, celle que tous les leaders mondiaux considèrent comme essentielle.

Antonio Damasio 1 2 3 4 5 est professeur de neurosciences, de neurologie, de psychologie, de philosophie et dirige le Brain and Creativity Institute, à l'Université de Californie du Sud à Los Angeles. Il est aussi professeur adjoint au Salk Institute de La Jolla et a dirigé le département de neurologie de l'Université de l'Iowa. Il est l'un des spécialistes des neurosciences les plus importants et les plus originaux et lève le voile sur l'émergence et la construction des émotions, des sentiments et de la conscience. Il voit le principe de l'homéostasie comme moteur de l'évolution de la vie depuis ses tout débuts jusque dans la construction des cultures et des sociétés. Il est l'auteur de cinq ouvrages phares traduits dans plusieurs langues . Selon nous, Antonio Damasio est celui qui déconstruit définitivement le mythe de l'âme et de sa divinité. Il redonne un sens tout naturel aux émotions, aux sentiments, et à la conscience rendant à l'homme l'humanité que les dieux s'étaient appropriée.

Dans «How language began» Daniel L. Everett, ultimement explique ce que nous savons, ce que nous aimerions savoir et ce que probablement ne saurons jamais à propos de la manière dont les humains sont passés de la simple communication au langage. Il démontre clairement que le langage est un artéfact culturel et que sans la culture il n'y a aucune compréhension sémantique, aucun arrière-plan, aucune connaissance tacite pour appuyer la pensée. Il affirme que l'individu est le dépositaire de la culture et le réservoir de la connaissance plutôt que la société prise dans son ensemble.

Dans «Beyond Words», Carl Safina nous fait découvrir un monde de sensibilité et d'émotion chez des mammifères très doués. Il pose un regard humain et sensible sur les relations que ces animaux ont entre eux. Il examine la façon dont on interagit avec eux, comment assurer la protection de leur habitat, empêcher le braconnage et l'influence du changement climatique.

14.4 Les lumières

Les penseurs des Lumières au XVIIIe siècle ont été les premiers à faire le grand ménage dans la pensée mythique en redécouvrant les anciens puis en créant une nouvelle vision du monde appuyée sur la réalité. L'écrit le plus célèbre est sans contredit «L'Encyclopédie» de Diderot et D'Alembert.

Dans «Le système de la nature II», Paul-Henri Thiry D'Holbach traite de la divinité, des preuves de son existence, de ses attributs, de la manière dont elle influe sur le bonheur des hommes.

L'«Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain» de Jean-Antoine-Nicolas Caritat, marquis de Condorcet, est le testament de celui qui a préparé et servi la révolution des Lumières. C'est une tentative d'embrasser d'un seul regard l'histoire de l'humanité pour y reconnaître la "perfectibilité de l'être humain". Il a le courage de dire que ce que les hommes ont fait de mieux, depuis qu'ils sont sur la terre, c'est de s'être instruits, cultivés, d'avoir fait de la philosophie, des sciences et des arts, d'avoir inventé l'esprit critique, la démocratie et la liberté.

Mais bien avant les Lumières, Jean Meslier (1664-1729), homme discret et isolé, curé d'Étrépigny, premier écrivain ouvertement athée, lègue à ses paroissiens une copieuse somme philosophique distribuée en huit «Preuves de la vanité et de la fausseté des religions» qui débouche sur une virulente critique sociale et politique. C'est un précurseur des bouleversements révolutionnaires qui vont suivre et qu'il annonce.

Dans «Le siècle de la Raison», Thomas Paine livre ses réflexions philosophiques. Oeuvre anti-dogmatique conçue comme un testament, aboutissement des Lumières, elle marque le début d'une critique matérialiste scientifique de la Bible et des religions monothéistes.

Dans sa «Critique de la raison pure», Kant aura enfoncé le clou final dans le cercueil de la théologie.

Dans «Les anti-Lumières», Zeev Sternhell montre que ceux qui ont combattu les Lumières sont de toutes les époques et afin d'éviter à l'homme du XXIe siècle de sombrer dans un nouvel âge glacé du conformisme, la vision prospective d'un individu maître de son présent, sinon de son avenir, demeure irremplaçable.

14.5 Média

Homnidés

Les fondements neurologiques de la conscience, des émotions et de la mémoire selon A. Damasio

Qu'est-ce que la conscience

Functional areas of the cerebral cortex

Searching for the mind

Neural networks and deep learning

Développement et définition des systèmes d'information

Tableau synthétique des Lumières

Tableau synthétique de la critique des religions

Tableau synthétique de la philosophie des religions

Projet Gutenberg

Libres penseurs athées

David Rand

Charles Darwin

Luigi Cascioli

Pew Research Center

Culte des morts

La Déclaration universelle des droits de l'homme

15. Bibliographie

Liste des livres de références.

15.1 Livres

[Baril 2006] D. Baril, La grande illusion, comment la sélection naturelle a créé l'idée de Dieu, 2006, Éditions MultiMondes, ISBN 978-2-89544-100-7.

[Baillargeon 2009] N. Baillargeon et D. Baril, Heureux sans dieu, 2009, VLB Éditeur, ISBN 978-2-89649-098-1.

[Béliveau 2010] R. Béliveau et D. Gingras, La Mort, mieux la comprendre et moins la craindre pour mieux célébrer la vie, 2010, Les Éditions du Trécarré, ISBN 978-2-89568-471-8.

[Bertalanffy 1969] L. von Bertalanffy, General system theory, 1969, George Braziller Inc., ISBN 978-2-89649-098-1.

[Braun 2010] C.M.J. Braun, Québec Athée, 2010, Les Éditions Michel Brûlé, ISBN 978-2-89485-469-3.

[Braunstein 2018] J.F. Braunstein, La philosophie devenue folle, le genre, l'animal, la mort, 2018, Bernard Grasset Paris, ISBN 978-2-246-81193-0.

[Brinton 1963] C. Brinton, The shaping of modern thought, 1963, Prentice-Hall, LCCC 63-14031.

[Cascioli 2001] L. Cascioli, La fable de christ, 2001, 01020 Roccalvecce - VT- Italia, Luigi Cascioli.

[Cohen 1987] C. Cohen, Essays in Freethinking, 1987, American Atheist Press.

[Condorcet 1988] Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, 1988, Jean-Antoine-Nicolas Caritat, Marquis de Condorcet, Flammarion, Paris, ISBN 978-2-0807-0484-9.

[Coppens 2018] Y. Coppens, Origines de l'homme, origines d'un homme, mémoires, 2018, Odile Jacob, ISBN 978-2-7381-3605-3.

[Damasio 1994] A. Damasio, L'Erreur de Dascartes, 1994, Odile Jacob, ISBN 0-14-303622-x.

[Damasio 1999] A. Damasio, Le sentiment même de soi, 1999, Odile Jacob, ISBN 978-2-7381-1118-0.

[Damasio 2003] A. Damasio, Looking for Spinoza, 2003, Harcourt Books, ISBN 0-15-100557-5.

[Damasio 2010] A. Damasio, L'Autre moi-même, 2010, Odile Jacob, ISBN 978-2-7381-1940-7.

[Damasio 2017] A. Damasio, L'Ordre étrange des choses, 2017, Odile Jacob, ISBN 978-2-7381-3608-4.

[Dawkins 2006] R. Dawkins, The God Delusion, 2006, Houghton Mifflin Company, ISBN 978-0-618-68000-9.

[Dawkins 1989] R. Dawkins, The selfish gene, 1989, Oxford University Press, ISBN 978-0-192-86092-7.

[Demeneix 2017] B. Demeneix, Cocktail Toxique, 2017, Odile Jacob, ISBN 978-2-7381-4006-7.

[DeRossi 2014] M. DeRossi, Croire en Dieu est désormais inutile, 2014, Les Éditions Première Chance, ISBN 978-2-924408-10-0.

[D'Holbach 1990] P.H.T. D'Holbach, Système de la nature II, 1990, Librairie Arthème-Fayard, ISBN 978-2-2130-2630-5.

[Diderot 2010] Diderot et D'Alembert, L'Encyclopédie, 2010, Flammarion, ISBN 978-2-0812-2685-2.

[Dubos 1974] R. Dubos, Choisir d'être humain, 1974, Éditions Denoël, ISBN 978-2-7381-1940-7.

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[Harari 2015] Y.N. Harari, Sapiens, Une brève histoire de l'humanité, 2015, Éditions Albin Michel, ISBN 978-2-226-25701-7.

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[Paine 2003] T. Paine, Le siècle de la raison, ou recherches sur la vraie théologie et sur la théologie fabuleuse, 2003, L'Harmattan, Traduit de l'anglais par Sam Ayache et Éliane Penicaud, ISBN 2-7475-4098-7.

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[Popper 1979] K. Popper, La société ouverte et ses ennemis, tome I: L'ascendant de Platon, 1979, Paris, Seuil.

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[Soler 2012] J. Soler, Qui est Dieu?, 2012, Éditions de Fallois, ISBN 978-2-87706-792-8.

[Sternhell 2010] Z. Sternhell, Les anti-Lumières, 2010, Librairie Arthème Fayard, Folio histoire, ISBN 978-2-07-031818-6.

[Toynbee 1963] A. Toynbee, La religion vue par un historien, 1963, Gallimard.

[Tremblay 2009] R. Tremblay, Le code pour une éthique globale}, 2009}, Liber}, ISBN 978-2-89578-173-8.

© GOSSELIN P

Première parution: 24 décembre 2018

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